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Au temple Daisen-in

L’art des jardins dans les temples de Kyoto : pourquoi une telle splendeur ?

Le jardin japonais, qui se distingue nettement du jardin occidental, suscite un vif intérêt chez les touristes étrangers. On le considère souvent comme un havre de paix favorisant la sérénité. Si les temples de Kyoto, tels que le temple d’or (Kinkaku-ji) ou le temple Tenryu-ji, sont si populaires, c’est moins pour leur aspect religieux que pour la beauté de leurs jardins. En effet, si les temples de Kyoto abritent tant de chefs-d’œuvre paysagers, c’est avant tout en raison des liens profonds et historiques que les Japonais entretiennent avec le bouddhisme.

À Nara, qui fut la capitale du Japon au VIIIe siècle avant Kyoto, le bouddhisme a connu un grand essor. À cette époque, les temples étaient avant tout des centres d’étude destinés à prier pour la protection de l’État, ce qui explique l’absence de jardins, — ces espaces propices à la détente — dans ces établissements. Cependant, avec le déplacement de la capitale à Kyoto, la foi est devenue plus personnelle. Le bouddhisme est devenu une pratique prisée par les aristocrates pour leurs prières privées. Ils ont intégré des espaces de prière dans leurs résidences privées, là où se trouvaient déjà des jardins. C’est cette fusion initiale entre l’espace sacré et ce cadre apaisant qui a donné naissance aux célèbres jardins des temples de Kyoto.

Les styles de jardins japonais

Le jardin japonais se divise principalement en trois styles : le jardin chisen, aménagé autour d’une pièce d’eau ; le jardin sec karesansui, où l’eau est absente ; et le jardin roji, conçu comme un chemin menant au pavillon de thé. Le style chisen, qu’il soit conçu pour être admiré depuis un bâtiment ou découvert au fil d’une promenade, est particulièrement apprécié car cette nature reproduite en miniature est fascinante à observer. De nombreux clients francophones y trouvent une véritable sérénité et disent qu’ils peuvent ressentir toute l’essence du zen. En revanche, le style karesansui que l’on observe dans les temples zen suscite des avis partagés. Si certains s’y plongent dans la méditation et l’introspection, d’autres le perçoivent comme un lieu austère en raison de son caractère exclusivement minéral.

Le jardin sec karesansui, un lieu de pratique spirituelle

Si le terme zen évoque la sérénité et la paix intérieure pour les touristes étrangers, il désigne avant tout l’une des écoles majeures du bouddhisme. Cette école enseigne à écouter son cœur et à discerner l’essentiel. Elle a particulièrement été appréciée par les guerriers samouraïs, car ils étaient prêts à affronter la mort à tout moment. La méditation qui est l’une des disciplines de cette école pour se maîtriser leur correspondait parfaitement. Entre le XIIe et le XVIe siècle, période marquée par d’importants conflits militaires, le bouddhisme zen a connu un essor à Kyoto. Les moines zen considéraient alors le jardin comme un espace de pratique spirituelle destiné à soutenir la méditation assise zazen.

Jardin de pierre
Jardin de pierre

Le jardin du temple zen Ryoan-ji est sans doute le modèle le plus emblématique du style karesansui à Kyoto. Il se compose de quinze pierres disposées sur un lit de gravier blanc ratissé. Il a été conçu pour la méditation, mais certains visiteurs trouvent que son esthétique, poussée à l’extrême du dépouillement, manque d’intérêt. Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile de s’y livrer à l’introspection en toute sérénité ces derniers temps en raison de l’afflux de touristes…

Si le jardin de style karesansui, souvent lié à la méditation, ne vous semble pas très intéressant, je vous recommande de l’observer sous l’angle du concept de mitate. C’est une approche japonaise qui consiste à voir une chose à travers une autre par le biais de l’imagination : par exemple, voir une pierre comme une montagne, un assemblage de roches comme une cascade, une île ou des bouddhas, ou encore les motifs ratissés sur le gravier comme des vagues ou un courant.

Le Japon est un pays exigu, souvent frappé par les catastrophes naturelles. Pourtant, plutôt que de chercher à maîtriser cet environnement parfois hostile, les Japonais ont su coexister avec lui grâce à leur créativité et leur ingéniosité. Si le jardin de style karesansui a initialement été conçu comme un lieu de méditation lié à l’essor du bouddhisme zen, il constitue également une solution paysagère rationnelle. Grâce au concept unique du mitate, il permet de représenter la nature dans des espaces restreints ou dépourvus d’eau, en utilisant des éléments minimalistes. De nos jours, le jardin karesansui est conçu non seulement dans les temples zen, mais aussi dans ceux d’autres écoles bouddhistes en raison de son esthétisme et de la pureté de sa composition. On peut également en voir dans un coin des hôtels, des magasins ou des restaurants japonais traditionnels.

Les jardins secs karesansui recommandés à Kyoto

Si vous souhaitez méditer au calme et laisser libre cours à votre imagination à travers le concept de mitate, je vous recommande vivement le Daitoku-ji. Ce complexe abrite plus d’une vingtaine de sous-temples au sein de son vaste domaine, dont quatre (le Ryogen-in, le Zuiho-in, le Daisen-in et l’Oubai-in) sont habituellement ouverts au public. Comme ils sont tous proches les uns des autres, vous pourrez les visiter facilement. Les jardins de chacun de ces temples, empreints de poésie, méritent le détour. Grâce à eux, l’image «complexe» que l’on se fait des jardins secs karesansui se transformera en une expérience fascinante.

Qu’est-ce que le goshuin ?

Où peut-on obtenir un goshuin ? C’est l’une des questions que l’on me pose souvent lorsque je guide mes clients dans les sanctuaires shinto et les temples bouddhistes.

Le goshuin est un sceau sacré remis aux visiteurs des sanctuaires shinto et des temples bouddhistes au Japon. À l’origine, il s’agissait d’une preuve remise en échange d’un sutra copié à la main et offert au temple. Composé d’un tampon rouge et du nom du lieu et d’une divinité calligraphiés à l’encre de Chine sumi, il symbolise le lien spirituel tissé entre le visiteur et le site.

Goshuin du temple Unryu-in, Kyoto
Goshuin du temple Unryu-in, Kyoto

Pour le recevoir, il est nécessaire de posséder un goshuin-cho, un carnet spécifique en papier japonais washi. On peut s’en procurer dans les papeteries ou directement sur place. Bien que de nombreux touristes souhaitent en obtenir un en souvenir de leur passage, il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas d’une simple collecte de tampons touristiques. Par conséquent, il est impossible de le demander sur un carnet de timbres ordinaire ou sur de simples feuilles de notes.

Goshuin
Goshuin

Certains lieux ne proposent pas de calligraphie réalisée en direct ; dans ce cas, ils délivrent des feuilles déjà préparées kakioki. En règle générale, on demande le goshuin après avoir prié. Cependant, dans les sites très fréquentés comme le Ginkaku-ji ou le Ryoan-ji à Kyoto, on peut confier son carnet à l’entrée pour le récupérer à la fin de la visite afin de gagner du temps.

Enfin, sachez que la photographie et la vidéo sont généralement interdites pendant la réalisation du goshuin. Si vous avez la chance d’assister à sa réalisation, je vous invite à observer attentivement le mouvement fluide et élégant du pinceau.

Temple Kiyomizu-dera

L’architecture unique des temples dédiés à Kannon

Tout comme le bodhisattva Jizo, Kannon — le bodhisattva de la compassion — est l’une des divinités les plus populaires et les plus vénérées du bouddhisme japonais. Cela s’explique par le fait que Kannon reste dans ce monde pour nous aider à nous libérer de la souffrance, même s’il a atteint l’éveil nécessaire pour devenir Bouddha. Les touristes étrangers qui visitent pour la première fois Kyoto ou Nara, les anciennes capitales du pays, se rendent souvent dans des temples bouddhistes qui, dans la plupart des cas, sont consacrés à Kannon, même s’ils ne s’en rendent pas compte.

Une caractéristique commune à de nombreux temples consacrés à Kannon réside dans leur style architectural unique : les bâtiments principaux sont souvent construits en surplomb sur des pentes raides. Cette architecture vise à représenter le paradis où réside Kannon qui, selon une légende bouddhiste, se trouve sur une montagne escarpée.

Le temple Kiyomizu-dera de Kyoto est l’exemple architectural le plus représentatif des temples consacrés à Kannon. Son bâtiment principal est doté d’une vaste terrasse soutenue sans aucun clou par d’imposants piliers en bois de zelkova et des traverses encastrées. Ce type de terrasse a été ajouté pour accueillir les nombreux pèlerins venus chercher le salut auprès de Kannon. Celle de Kiyomizu-dera, très ouverte, semble flotter dans les airs. Tout comme le Kinkaku-ji et le sanctuaire Fushimi Inari Taisha, Kiyomizu-dera est un site incontournable à Kyoto, ce qui explique pourquoi le site est souvent bondé. Toutefois, l’enceinte du temple est vaste : prenez le temps de contempler son architecture sous différents angles.

À Nara, vous visiterez certainement le temple Todai-ji. Moins connu que la salle du Grand Bouddha, le pavillon Nigatsu-do, situé sur les hauteurs, est un bâtiment consacré à Kannon. De sa terrasse, vous pourrez profiter d’une belle vue sur Nara. Lors de la cérémonie bouddhiste de repentance du Shuni-e, qui se déroule pendant deux semaines en mars, cette terrasse devient un théâtre rituel sacré où sont brandies de grandes torches.

Même s’il s’agit d’un temple consacré à Kannon, on ne peut pas toujours voir la statue originale. Au Kiyomizu-dera, par exemple, ce que l’on voit habituellement n’est qu’une copie. Quant au Nigatsu-do du Todai-ji, ses statues de Kannon sont si sacrées et secrètes que personne n’est autorisé à les voir.

Temple Hase-dera
Temple Hase-dera

Le temple Hase-dera, situé dans les environs de Nara, est donc un site idéal pour admirer une statue originale de Kannon et s’imprégner d’une atmosphère empreinte de sa miséricorde. En empruntant un long escalier couvert, on atteint le bâtiment principal perché en hauteur. J’aime beaucoup cette approche. Au printemps et en automne, on peut prier en touchant directement les pieds de Kannon pour implorer sa bienveillance.

Enfin, je vous présente l’Ishiyama-dera, le temple de la montagne rocheuse, situé à Otsu dans la préfecture de Shiga. De nombreux bâtiments religieux s’y dressent sur des affleurements de wollastonite. Comme son nom l’indique, ses paysages rocheux sont spectaculaires. Le bodhisattva Kannon, que l’on dit résider sur des montagnes escarpées, est également étroitement associé aux rochers sacrés. En ce sens, ce temple incarne, lui aussi, la demeure véritable de Kannon.

Le centenaire de la naissance du Mingei

Le centenaire de la naissance du Mingei : La beauté du quotidien tissée à Kyoto

Qu’est-ce que le mingei ? C’est la découverte de la « beauté » dans les objets du quotidien créés par des artisans anonymes, et la reconnaissance d’une nouvelle valeur en eux. Pour désigner ces objets du quotidien qui n’étaient pas destinés à être regardés, le terme « Mingei » (abréviation de Minshuteki kogei, l’artisanat populaire) a été inventé.

L’année 2025 marque le centenaire de la naissance de ce mot. L’exposition, qui s’est tenue du 13 septembre au 7 décembre au musée de Kyocera, était axée sur les débuts du mouvement mingei, né à Kyoto, et sur son expansion.

Le terme « Mingei » (art populaire) est né à la suite de la découverte des sculptures bouddhiques en bois réalisées par Mokujiki (1718-1810), un moine itinérant de la fin de l’époque d’Edo qui a voyagé à travers tout le Japon. Soetsu Yanagi (1889-1961), le fondateur du mouvement mingei, a été fasciné par ces statues sculptées. Il a entrepris alors, avec ses compagnons, des voyages d’étude sur l’œuvre de Mokujiki, ce qui a marqué le point de départ de leur découverte de la culture populaire.

Fondée en 1927 à Kamigamo, Kyoto, l’Association pour la production artisanale populaire servait de centre pour mettre en pratique le mouvement mingei. Inspirés par le modèle des guildes médiévales, ses membres ont produit des œuvres de teinture et de tissage, de menuiserie et de ferronnerie. Des expositions de leurs créations ont également été organisées à Kyoto. Même aujourd’hui, ces œuvres restent fascinantes.

Boîte incrustée de nacre avec motif manji
Boîte incrustée de nacre avec motif manji

Comme exemple d’espace de vie décoré d’objets mingei, on peut citer Mikuni-so. Ce pavillon avait été exposé sous le nom de « Musée Mingei » lors d’une exposition à Tokyo en 1928. Tamesaburo Yamamoto (1893-1966), le premier président d’Asahi Breweries, l’a acheté après et l’a déplacé à Mikuni, Osaka, sur le site de sa résidence. Mikuni-so a servi de salon et de lieu de rencontre pour les acteurs du mouvement mingei dans la région du Kansai. En plus d’articles utilitaires quotidiens collectés dans tout le pays, des œuvres d’artistes associés au mouvement mingei y étaient effectivement utilisées au quotidien. Yamamoto a été un mécène du mouvement mingei, et sa collection constitue aujourd’hui une partie fondamentale de celle du Musée d’Art Asahi Group Oyamazaki, situé en banlieue de Kyoto.

Les objets mingei, que Yanagi et les artistes associés au mouvement mingei ont collectionnés aux marchés aux puces (comme le Kobo-ichi ou le Tenjin-ichi) et dans diverses régions du Japon, étaient également exposés. À travers l’exposition, on constate que des objets mingei ont été collectionnés dans une grande variété de genres.

Otsu-e, Le Démon jouant du Shamisen
Otsu-e, Le Démon jouant du Shamisen

À Kyoto, le mouvement mingei s’est épanoui dès ses débuts. Kanjiro Kawai (1890-1966) a été une figure centrale de ce mouvement, s’impliquant non seulement dans la céramique/poterie, mais aussi dans la conception des espaces de vie, tels que l’architecture et le mobilier. De nombreuses œuvres de Kawai étaient également exposées lors de cette exposition. Si vous vous intéressez à ses œuvres, je vous recommande vivement de visiter le Musée commémoratif de Kanjiro Kawai, situé à Gojozaka. C’est son ancienne résidence, qu’il a conçue lui-même, et on peut y percevoir sa propre esthétique unique.

Tatsuaki Kuroda (1904-1982), artisan laqueur et menuisier né à Gion, Kyoto, a également eu des liens étroits avec les débuts du mouvement mingei. Kyoto comptait de nombreux adhérents au mouvement mingei, dont le célèbre confiseur traditionnel de Gion, Kagizen Yoshifusa. Kuroda a conçu le mobilier et les ustensiles de Kagizen Yoshifusa, incarnant ainsi l’union de l’utilité et de la beauté. La photo ci-dessous montre des récipients incrustés de nacre pour le kuzukiri (un dessert à base de fécule de racine de kudzu, servi froid sous forme de nouilles avec de la mélasse noire), commandés par Kagizen Yoshifusa à Kuroda. Bien que sa décoration en nacre soit magnifique, il possédait également la praticité nécessaire pour servir ce dessert délicat aux clients tout en le maintenant au frais.

Service de kuzukiri en laque incrustée de nacre et Boîte de transport alimentaire
Service de kuzukiri en laque incrustée de nacre et Boîte de transport alimentaire

Kyoto est une ville où l’architecture et les œuvres d’art liées au mouvement mingei se fondent encore naturellement dans le paysage. Capitale millénaire, Kyoto a aussi été une ville de l’artisanat, tissée par de nombreux artisans. Je pense que Kyoto, où la philosophie du mingei était déjà profondément enracinée, a eu la générosité d’évaluer et de développer les œuvres et les activités créatives des artistes influencés par ce mouvement.

Temple Joruri-ji

La chasse aux feuilles d’automne en toute sérénité

Cette année, on peut profiter des couleurs d’automne un peu plus tôt que l’automne dernier. Bien que certaines feuilles aient été desséchées et brûlées à cause de la canicule, la baisse de température matinale et nocturne de ces derniers jours leur apporte de belles couleurs. Les sites célèbres de Kyoto sont tous bondés de touristes, j’ai donc choisi de profiter de l’automne dans mon voisinage. L’automne, ma saison préférée, me semble devenir de plus en plus court car la chaleur estivale persiste plus longtemps ces dernières années. Ces endroits où je peux admirer le changement des couleurs en toute tranquillité sont particulièrement précieux.

Le temple Joruri-ji, Kizugawa
Temple Joruri-ji
Temple Joruri-ji

Joruri-ji est un lieu empreint d’une atmosphère de sérénité rustique. Le jardin traditionnel de style représentant la Terre pure est aménagé autour d’un étang. À l’ouest se dresse le pavillon abritant neuf statues d’Amida Bouddha, symbole de la Terre pure occidentale qui promet le bonheur dans l’au-delà. À l’est se trouve la pagode qui abrite le Bouddha de la Médecine, symbole de la Terre pure orientale qui soulage les souffrances de ce monde. Ce temple ne présente aucune des installations visant à l’attrait «Instagrammable» que l’on trouve souvent dans les temples de Kyoto de nos jours, et il est très rarement illuminé. Je pense que c’est un endroit exceptionnel où l’on peut véritablement faire l’expérience d’une atmosphère naturelle et paisible.

Le temple Konbu-in, Nara
Temple Konbu-in
Temple Konbu-in

Konbu-in est un couvent bouddhiste de la ville de Nara qui n’ouvre ses portes au public que pour trois jours exceptionnels en novembre. Bien qu’il se trouve en pleine ville, il est niché sur une petite colline, ce qui donne l’impression d’entrer dans un temple de montagne dès que l’on pénètre dans son vaste domaine. Quand on pense aux temples de Nara, la première image qui vient à l’esprit est Todai-ji, célèbre pour sa magnifique architecture bouddhiste et son Grand Bouddha. J’apprécie cette atmosphère majestueuse, mais j’aime aussi les lieux comme Konbu-in, où règne une tranquillité réconfortante et apaisante.

Forge de sabre japonais de Futsuno Masataka

Découvrir le Japon à travers les ateliers d’artisans – La forge de sabre japonais de Futsuno Masataka à Tenri –

Forgeron Futsuno
Forgeron Futsuno

Le sabre japonais, le katana, l’un des symboles de l’esthétique japonaise, est très apprécié comme œuvre d’art dans le monde entier. Il est encore forgé selon un savoir-faire ancestral.

Je constate que les initiations de samouraïs et les démonstrations d’iaigiri — qui consiste à trancher obliquement un bambou d’un seul coup de katana — sont très prisées des touristes étrangers aujourd’hui. Mais il est dommage que l’aspect du katana comme simple arme soit ainsi le seul mis en avant.

Depuis longtemps le katana entretient un lien profond avec la vie quotidienne des Japonais. À l’origine, il était bien plus qu’une simple arme : c’était un objet précieux transmis de génération en génération, un talisman protégeant son propriétaire des mauvais esprits, ou encore la preuve de la volonté inébranlable de mener une vie dont on pourrait être fier. Ainsi, le katana reflète l’âme profonde des Japonais. Cette fois-ci, sur mon blog «Découvrir le Japon à travers les ateliers d’artisans», je vous invite à découvrir la forge de sabre japonais de Futsuno Masataka, installée à Tenri, en banlieue de Nara.

Saviez-vous qu’il est très difficile de vivre de cet artisanat ? Pour devenir forgeron, il faut suivre une formation non rémunérée d’au moins cinq ans auprès d’un maître. Même lorsque les apprentis sont qualifiés en tant que forgerons indépendants, il arrive qu’ils ne parviennent pas à ouvrir leur propre forge et qu’ils finissent par abandonner la fabrication des katanas. De ce fait, le nombre de forgerons qui parviennent à subsister grâce à cet art est en déclin, estimé aujourd’hui à seulement une trentaine.

Forge de sabre japonais de Futsuno Masataka
Forge de sabre japonais de Futsuno Masataka

Le forgeron Futsuno forge ses katanas de manière traditionnelle à Tenri depuis 2005, perpétuant un savoir-faire ancestral. À sa forge, on peut observer une partie du processus de fabrication. Celui-ci consiste à chauffer le tamahagane (la matière première), brisé en morceaux, à environ 1 300 degrés Celsius, le marteler pour le souder, inciser les morceaux soudés, puis le forger successivement verticalement et horizontalement à maintes reprises afin de l’étirer. Le spectacle des étincelles qui jaillissent est impressionnant. Il profite également de ces moments pour présenter les étapes détaillées de la fabrication des katanas.

Après la démonstration, il est temps d’apprécier des katanas et des tachis. On en apprécie la beauté en observant la lumière se refléter sur la lame. La forme simple et épurée de la lame vous fera ressentir une tension. Le forgeron Futsuno vous explique comment tenir et apprécier la lame. Observez surtout le hamon (la ligne de trempe ondulée située sur le tranchant). Plus précisément, il existe deux types de hamon : le hamon « extérieur », parfait et créé par le polisseur tel un maquillage, et le hamon « intérieur », brut et énergique, façonné par le forgeron lui-même.

Le forgeron Futsuno fabrique avec passion des katanas. Son amour pour ces lames vous touchera profondément. Il sera également très agréable d’écouter ses réflexions et celles de son épouse, teinturière à l’indigo, sur leur passion commune pour l’artisanat.

  • La visite de la forge de sabres japonais de Futsuno Masataka
    Durée : Environ deux heures
    Tarif : 3 500 yens par personne (minimum de 14 000 yens, même pour moins de quatre personnes)
Aga-jinja

Aga-jinja : Un «power spot» céleste à Shiga

Les origines du shintoïsme, la religion propre au Japon, remontent à une période très ancienne. Les lieux dédiés aux divinités kami existaient déjà dans l’Antiquité, mais ils n’avaient pas la forme des bâtiments comme les sanctuaires que nous connaissons aujourd’hui. Initialement, les montagnes, les grandes rochers ou les abres majestueux étaient considérés comme des lieux sacrés habités par les kami. Des sites de culte temporaires ont été ensuite établis, et pour protéger ces lieux du vent et de la pluie, les sanctuaires shinto jinja tels qu’ils sont aujourd’hui ont été construits.

Power spot céleste à Shiga
Power spot céleste à Shiga

Le sanctuaire shinto Aga-jinja situé dans la ville de Higashiōmi, préfecture de Shiga, est l’un de ces sanctuaires chargés d’une très longue histoire. Il se dresse sur le mont Akagami qui culmine à 350 mètres d’altitude et qui est vénéré depuis toujours comme une montagne sacrée habitée par le kami. Il est dédié au premier fils d’Amaterasu Ōkami du grand sanctuaire d’Ise, un kami qui accorde la victoire et le bonheur. Ici, la victoire recherchée n’est pas celle sur un adversaire, mais bien celle que l’on obtient en se surpassant. Bien qu’il soit d’origine shinto, son culte particulier s’est établi en intégrant le bouddhisme et le shugendo (ascétisme de montagne).

Aga-jinja est plus connu sous le nom de Tarōbō-gū. Selon la légende, Tarōbō est le nom du tengu qui protégeait le kami du sanctuaire en pratiquant des ascèses sur le mont Akagami. Les bâtiments principaux du sanctuaire sont perchés sur la montagne et plus de 740 marches en pierre mènent au sanctuaire principal. (Il y a un parking à mi-pente de la montagne, d’où il reste environ 260 marches jusqu’au sanctuaire principal.)

Jusqu’au début du XXᵉ siècle, plus d’un millier de torii étaient alignés sur la voie d’accès au sanctuaire. Bien qu’ils soient peut-être moins impressionnants que les célèbres torii vermillon du sanctuaire Fushimi Inari à Kyoto, les torii en bois brut, qui semblent avoir été offerts récemment, sont magnifiquement alignés.

Rocher des Époux
Rocher des Époux

Devant le bâtiment principal s’élève un énorme rocher appelé le « Rocher des Époux » (Meoto-iwa). Le chemin qui passe entre les deux rochers n’est large que de 80 centimètres. On dit que si l’on formule un souhait en le traversant, il se réalisera, mais que les menteurs se feront coincer par les rochers. J’ai donc traversé moi aussi, non sans une certaine appréhension.

Le sanctuaire principal est construit sur la paroi rocheuse. On peut profiter d’une vue panoramique depuis la plateforme en contrebas. Les piliers de cette plateforme sont eux aussi fixés dans les rochers abrupts, ce qui est un peu effrayant quand on y est…

Pour vous rendre au sanctuaire Aga-jinja depuis Kyoto, prenez la ligne Biwako du JR jusqu’à la gare d’Omi-Hachiman. Là, changez pour la ligne Omi-Tetsudo et descendez à la gare de Tarōbō-gū mae. Le sanctuaire est ensuite à 20 minutes à pied.

C’est un lieu que les touristes étrangers connaissent peu, ce qui en fait une destination parfaite pour une petite excursion au départ de Kyoto. Mais attention : les marches sont très fatigantes ! Dépassez-vous et obtenez les bienfaits du kami.

Pumpkin

La Triennale de Setouchi 2025 : Focus sur l’île de Naoshima

Île de Naoshima
Île de Naoshima

Naoshima, une île de 8 ㎢ abritant environ 3 000 habitants, est le site phare de l’art contemporain dans les îles de la mer intérieure de Seto. La zone sud de l’île, où une nature luxuriante est préservée, incarne parfaitement la fusion entre la nature et l’art contemporain. Partout sur l’île, on peut apprécier les œuvres d’art tout en profitant des expressions changeantes de la nature au fil du temps.
L’île de Naoshima possède trois grandes zones artistiques :

-La zone de Miyanoura, située près de l’embarcadère des ferries et des bateaux rapides

-La zone de la Benesse House qui regroupe, entre autres, le musée d’art de Chichu et le musée Lee Ufan, et où l’on peut découvrir des œuvres en plein air en se déplaçant à pied

-La zone de Honmura, où les vieilles rues et l’art s’entremêlent parfaitement. 

Pour ma troisième visite à Naoshima, cet article de blog est consacré aux lieux que j’ai découverts pour la toute première fois dans les zones de la Benesse House et de Honmura.

Valley Gallery
Valley Gallery
Valley Gallery

La Valley Gallery, aménagée en face du musée Lee Ufan, entre la Benesse House et le Musée d’art de Chichu, est composée d’une construction architecturale inspirée d’un sanctuaire et de sa zone extérieure environnante. L’intérieur du bâtiment dégage une atmosphère d’introspection. Cependant, le fait qu’il soit ouvert sur le semi-extérieur permet de ressentir directement les mouvements de l’environnement, tels que la lumière, le vent et les sons ambiants.

L’œuvre de Yayoi Kusama, «Narcissus Garden» (une installation de sphères), est exposée à l’intérieur et à l’extérieur de ce bâtiment conçu par Tadao Ando. Les multiples sphères qui flottent sur l’eau sont bercées par le vent, produisant parfois un son léger et cristallin. Le spectateur fait face en permanence à son propre reflet dans les sphères. L’œuvre de Tsuyoshi Ozawa, “Slag Buddha 88” est réalisée à partir de scories, un matériau issu de l’incinération des déchets industriels illégalement déversés sur l’île de Teshima, une des îles de la mer intérieure de Seto. S’inspirant du célèbre pèlerinage des 88 temples de Shikoku, elle prend pour motif des statues de Bouddha installées en divers endroits de l’île de Naoshima au début de l’époque d’Edo. C’est une œuvre qui reflète ainsi l’histoire particulière de la région de Setouchi.

Hiroshi Sugimoto Gallery : Time Corridors
Hiroshi Sugimoto Gallery
Hiroshi Sugimoto Gallery

Cette galerie, unique au monde, présente en permanence les œuvres majeures de Hiroshi Sugimoto : photographies, designs et sculptures. Son thème, « Time Corridors », fait écho à l’architecture en circuit de Tadao Ando, à la quête de Sugimoto sur le temps et à la relation profonde qu’entretiennent les deux artistes avec l’île de Naoshima. L’objectif de la galerie est d’offrir aux visiteurs une expérience sensible des changements de la nature et du flux du temps, les invitant à une profonde réflexion sur l’histoire et l’existence.

Dans le lounge de la galerie, il est possible de savourer un thé et une pâtisserie japonaise face au pavillon de thé en verre installé à l’extérieur. Celui-ci utilise la mer intérieure de Seto comme décor. Son atmosphère, à la fois ouverte et introspective, invite les visiteurs à contempler les changements de la nature et le passage du temps. Il faut également porter attention aux tables du lounge. Elles ont été sculptées dans le bois de trois vieux arbres d’âges différents, et transmettent, elles aussi, l’histoire et le fil du temps.

The Naoshima Plan

Cette œuvre d’art est une rénovation partielle d’une ancienne maison traditionnelle, vieille d’environ 200 ans. Elle met en valeur le vent et l’eau, des éléments dynamiques autrefois omniprésents dans le quartier historique de Honmura. Les visiteurs peuvent s’asseoir sur une terrasse en bois donnant sur un bassin d’eau et y tremper leurs pieds. Grâce à cette œuvre, ils sont invités à redécouvrir la beauté et l’importance de ces éléments en mouvement.

Le nouveau musée d’art de Naoshima
Nouveau musée d'art de Naoshima
Nouveau musée d’art de Naoshima

Un musée d’art a ouvert ses portes au printemps 2025 sur une colline près du quartier de Honmura à Naoshima. C’est le dixième bâtiment conçu par l’architecte Tadao Ando sur l’île. Ce musée est le premier à avoir été construit dans le quartier de Honmura. Il se distingue par des éléments de design qui évoquent l’histoire et la vie des habitants de Naoshima, tels que son mur extérieur en crépi noir de style yakisugi (planche de cèdre brûlé) et son mur de petits galets empilés inspirée des habitations locales. Les galeries du musée s’étendent sur un étage en surface et deux niveaux en sous-sol.

L’exposition inaugurale met en lumière 12 artistes ou groupes d’artistes de renom ou émergents originaires de différents pays d’Asie (Japon, Chine, Corée du Sud, Indonésie, Thaïlande, Philippines, etc.), à travers des œuvres récentes ou emblématiques, conçues ou adaptées spécifiquement pour ce lieu. L’œuvre qui m’a particulièrement impressionné est l’installation géante «Head On» de Cai Guo-Qiang. Elle représente 99 loups en pleine course se jetant sur un mur transparent situé au fond. La hauteur de ce mur est la même que celle du Mur de Berlin. Cette œuvre nous rappelle les conflits et les luttes de l’humanité à travers l’histoire, tout en exprimant que ce type de murs, même invisibles, existe toujours dans le monde et que les gens luttent encore pour les surmonter.

Près du parapet du pont

Le Beer Garden du quartier de Kamishichiken

Situé à l’est du sanctuaire shinto Kitano Tenman-gu, Kamishichiken est le plus ancien quartier de geishas de Kyoto. Il doit son nom aux sept maisons de thé qui ont été construites au XVe siècle en utilisant les matériaux restants de la reconstruction du sanctuaire.
Plus petit que Gion, le quartier de geishas le plus célèbre de Kyoto, Kamishichiken vous permet de profiter d’une atmosphère plus paisible.

Certains lieux du quartier ont été utilisés pour le tournage de Kokuho, un film qui rencontre actuellement un grand succès au Japon. C’est un film sur l’histoire de deux jeunes hommes qui ont consacré leur jeunesse à perfectionner l’art du kabuki.

En été, le bâtiment du quartier, qui abrite le théâtre de danse, s’illumine de lampions et se transforme en un lieu de fraîcheur : Le Beer Garden. Chaque soir, quatre geiko et maiko en yukata y accueillent les visiteurs. Si ce quartier est habituellement réservé à une clientèle de fidèles, cet événement estival est ouvert à tous. Le Beer Garden permet ainsi de découvrir l’ambiance unique des quartiers de geishas.

Festival de Gion

Un petit retour sur l’été 2025 à Kyoto

L’année dernière, je disais déjà à mes clients : «L’été au Japon est tellement chaud et humide que de nombreux touristes étrangers ont du mal à s’y habituer. Surtout à Kyoto, la chaleur estivale est insupportable pour les Occidentaux.» Mais la chaleur est encore plus intense cette année que l’année dernière.

Certains clients m’ont dit : «Nous sommes habitués à la chaleur, il y a eu des vagues de chaleur en Europe aussi.» Mais je pense que l’humidité moite que l’on ressent au Japon leur est très désagréable. Cette année, j’ai remarqué que beaucoup de mes clients utilisaient des ombrelles, des ventilateurs portables et des serviettes rafraîchissantes pour se protéger de la chaleur extrême, à la manière des Japonais. Concernant les ombrelles (la plupart sont aussi efficaces contre la pluie), ces dernières années, même les enfants et les hommes les utilisent aussi au Japon. Il faut particulièrement se méfier des malaises liés aux coups de chaleur (necchusho en japonais). L’été au Japon, et en particulier à Kyoto, ville située dans une cuvette entourée de montagnes, la chaleur et l’humidité sont souvent écrasantes, même à l’ombre. Il est donc crucial de vous hydrater constamment, même si vous ne ressentez pas la soif.

La canicule de cet été à Kyoto est vraiment difficile à supporter, mais la vue du bord de l’eau donne une sensation de fraîcheur. La beauté pure des lotus qui fleurissent le matin fait oublier la chaleur un instant. Cependant, la température de l’eau est plus élevée cette année et j’ai l’impression que les carpes koi, d’habitude si gourmandes, manquent d’énergie…

Le festival de Gion, l’un des symboles de l’été à Kyoto, est une scène caractéristique que j’apprécie particulièrement. Lié au sanctuaire shinto Yasaka-jinja, ce festival aurait débuté il y a plus de 1 000 ans comme un rituel pour chasser les épidémies. J’aime la vue nocturne de ses chars illuminés de lampions et l’ambiance animée de la procession. De plus en plus, les étés sont étouffants et voir le défilé des chars dans la foule est épuisant. Malgré cela, ce festival riche d’une si longue histoire continue d’attirer les gens avec son charme.