Comme fleurs qui embellissent la saison des pluies au Japon, on peut citer l’iris ensata, la rose trémière, l’hortensia, le nénuphar ou encore le hangesho. La fleur que les Japonais aiment le plus admirer pendant cette période est sans doute l’hortensia. Dans les rues, les jardins ou les parcs… ils sont omniprésents. Il existe aussi un peu partout au Japon des « temples aux hortensias ». Certes, on voit souvent cette fleur star de la saison des pluies dans les temples japonais, mais pourquoi ? En réalité, l’hortensia est une plante étroitement liée au bouddhisme au Japon depuis bien longtemps.
Au Japon, la saison des pluies marque une période de transition saisonnière. Autrefois, à l’époque où la médecine était encore rudimentaire, ce changement de climat causait de nombreux décès. Comme l’hortensia est facile à cultiver et à entretenir, il était alors offert en hommage aux défunts. Aujourd’hui, pour continuer à attirer les touristes après la saison des fleurs de printemps, les temples japonais rivalisent d’ingéniosité pour séduire sur Instagram. On y aligne de nombreux hortensias en pot, on fait flotter des fleurs dans le bassin de purification, ou on y installe même des parapluies colorés… Certes, cela ne manque pas de charme, mais pour ceux qui préfèrent simplement contempler la beauté naturelle des hortensias, ce décor peut sembler un peu trop chargé, voire distrayant. À cet égard, je pense que le temple Yoshimine-dera est un lieu précieux, où l’on peut admirer la beauté naturelle des hortensias tout en profitant de l’atmosphère paisible d’un temple.
Temple Yoshimine-dera
Fondé au XIe siècle, le temple Yoshimine-dera est l’un des 33 temples du pèlerinage de Kannon dans la région du Kansai. Niché à la périphérie de Kyoto, à flanc de montagne, son accès se mérite. Son domaine étant particulièrement vaste, la visite s’apparente à une petite randonnée. Cependant, votre fatigue sera vite oubliée face à la vue panoramique sur Kyoto et aux éclats colorés de chaque saison.En ce moment, le site est embelli par de magnifiques dégradés de couleurs d’hortensias.
Un autre joyau du temple se dresse devant la pagode : le Yuryu-no-matsu, un pin à cinq aiguilles âgé de plus de 600 ans. Ses branches s’étirent horizontalement sur 37 mètres, évoquant la silhouette d’un dragon qui joue dans la nature. Un spectacle saisissant à ne pas manquer.
Pin Yuryu-no-matsu
Le temple Yoshimine-dera est situé à environ 20 minutes en taxi de la gare JR de Mukomachi.
Un temple singulier situé à l’ouest du centre-ville de Nara … Ce lieu chargé d’histoire est dédié au Bouddha de la médecine. Au printemps comme en automne, il attire également les visiteurs par la beauté de ses roses. Son jardin de roses a été créé en 1957 à l’initiative du supérieur du temple. Ayant vécu la Seconde Guerre mondiale, il souhaitait que les visiteurs ressentent une paix intérieure en admirant les roses. C’est un peu surprenant d’admirer des roses dans un temple traditionnel, mais ce lieu est un spot de roses, très prisé des locaux.
Ce fameux jardin de roses se trouve à droite, juste après avoir franchi le portique torii qui se dresse à l’entrée du temple. Un torii à l’entrée d’un temple ? S’agirait-il alors d’un sanctuaire shinto ? Non, c’est bel et bien un temple bouddhiste. Il n’est pas rare au Japon de trouver un torii dans un temple bouddhiste, témoignage fascinant du syncrétisme religieux shinto-bouddhiste. À l’origine, le torii fait office de frontière spirituelle, marquant la séparation entre le monde sacré et le monde profane. Au temple Ryosen-ji, Benzaiten — une divinité protectrice du bouddhisme issue de l’Inde ancienne — y est profondément vénérée au même titre que le Bouddha de la médecine. C’est pourquoi ce portique s’élève à l’entrée. Le domaine du temple est vaste, ce qui vous permettra de vous ressourcer en pleine nature, au cœur d’une atmosphère paisible pendant cette période de nouvelle verdure.
Portique torii du Ryosen-jiHuit statues de BouddhaAtmosphère paisiblePavillon principal
Pour vous rendre au temple Ryosen-ji, prenez le bus n° 50 depuis la gare de Tomio (ligne Kintetsu Nara) et descendez à l’arrêt « Ryosen-ji » (environ 7 minutes de trajet).
Le tarif d’entrée du temple est de 1 000 yens pendant la saison des roses.
Autour du temple Nanzen-ji à Kyoto, de hauts dignitaires du gouvernement et des hommes d’affaires ont bâti leurs villas en profitant des terrains de l’enceinte sacrée, confisqués par l’État après la restauration de Meiji de 1868. Jusqu’à récemment, à l’exception de la villa Murin-an et de quelques autres reconverties en restaurants traditionnels, la grande majorité de ces propriétés chargées d’histoire restaient fermées au public. Ce quartier de villas demeurait un lieu secret dont on ne pouvait contempler que les façades depuis l’extérieur.
Jardin de Murin-anPrès du pavillon Seiryu-tei
Cependant, depuis quelques années, la villa Tairyu-sanso, réputée pour son jardin grandiose, a commencé à ouvrir ses portes. La villa Tairyu-sanso a été construite entre 1896 et 1899 sur l’ancien site d’un temple secondaire du Nanzen-ji, pour servir de résidence secondaire à un homme d’affaires. Par la suite, elle est devenue la propriété d’un marchand de kimonos. Entre 1901 et 1905, d’importants travaux de rénovation ont été entrepris sur le bâtiment et le jardin, donnant ainsi naissance aux paysages actuels.
Entrée de la villa Tairyu-sansoVilla Tairyu-sansoCascade
C’est le célèbre paysagiste Jihei Ogawa VII (1860-1933) qui s’est chargé de la rénovation de ce dernier. Tout comme pour les autres jardins du quartier, il a intégré les montagnes de Higashiyama comme « décor emprunté » (shakkei). De plus, l’eau acheminée depuis le canal du lac Biwa est utilisée non seulement pour alimenter l’étang, mais aussi pour créer des ruisseaux et des cascades.
Si l’on peut profiter pleinement de la vue sur le jardin depuis le bâtiment de style sukiya (une architecture libre et épurée dédiée à la cérémonie du thé), c’est en s’y promenant que l’on est véritablement impressionné par son immensité et la diversité de ses paysages. Un coin de nature avec une roue à aube recréant un paysage rural et bucolique, une vaste pelouse idéale pour organiser des réceptions ou des cérémonies du thé en plein air, un espace bercé par le murmure des ruisseaux… Le domaine offre une multitude d’ambiances.
Jardin grandioseJardin de circuitVaste pelouseMurmure des ruisseaux
J’ai visité le domaine à la fin du mois de mai. Les azalées touchaient à leur fin, mais les iris hana-shoubu devraient être magnifiques en juin… Bien entendu, les pins soigneusement taillés, indissociables des jardins japonais, sont également superbes. Comme le visage du jardin change au fil des saisons — avec les cerisiers et les glycines au printemps, ou les érables en automne —, ce sera un plaisir d’y revenir pour une nouvelle promenade sensorielle.
Le prix de l’entrée pour la villa Tairyu-sanso est de 3 000 yens.
La villa est située à environ 7 minutes à pied de la station Keage, juste dans l’allée en face du café Blue Bottle Coffee.
Un dépôt pour les bagages est disponible à l’entrée avant la visite (veuillez toutefois conserver vos objets de valeur avec vous).
Les sentiers du jardin étant étroits, la visite s’effectue obligatoirement en sens unique. Merci de bien vouloir suivre le parcours indiqué.
Il existe de nombreux lieux célèbres pour admirer les cerisiers en fleurs au Japon. Cependant, ces endroits sont souvent bondés de touristes, ce qui peut s’avérer un peu fatigant. Heureusement, on peut apprécier les cerisiers un peu partout : dans les parcs locaux, au détour d’une promenade ou le long des rivières… Voici les cerisiers du bourg d’Ide, situé près de la ville de Kizugawa où j’habite. C’est un instant de détente absolue, loin de l’agitation quotidienne.
Cerisier pleureur tricentenaire
Au-delà de cette rangée de cerisiers se trouve le temple Jizo Zen-in. On peut y admirer un cerisier pleureur tricentenaire. Trônant sur les hauteurs, il offre une vue magnifique sur les villages paisibles du sud de la préfecture de Kyoto. On dit de lui qu’il est l’« oncle » du célèbre cerisier pleureur de Gion, l’arbre emblématique du parc Maruyama à Kyoto. Bien qu’il décline en raison de son grand âge, il se tient toujours debout et nous transmet toute son énergie.
Le kabuki est l’un des arts du spectacle les plus emblématiques du Japon et a vu le jour à l’époque d’Edo avec une femme nommée Izumo no Okuni. Elle a créé un spectacle moderne pour l’époque. Elle s’habillait en homme et dansait sur des musiques populaires, ce qui a séduit les gens ordinaires de l’époque. En raison de son style original et excentrique, on a appelé sa danse kabuki, ce qui signifie être original. Par la suite, des troupes de femmes ont commencé à pratiquer des danses collectives. Mais le gouvernement de l’époque (le shogunat Tokugawa) a interdit les femmes sur scène, les accusant de corrompre les mœurs. C’est ainsi que les hommes ont commencé à jouer tous les rôles. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, le kabuki est joué uniquement par des hommes.
Sonezaki Shinju Monogatari
L’année dernière, grâce au succès du film Kokuho (Le maître du Kabuki), cet art a également séduit les jeunes générations. La pièce intitulée L’Histoire des suicides d’amour à Sonezaki (Sonezaki Shinju Monogatari) constitue d’ailleurs le point culminant de ce film. Les représentations de cette œuvre en mars au Minami-za connaissent actuellement un immense succès. L’originalité de cette mise en scène est assez impressionnante : Nakamura Kazutaro et Onoe Ukon interprètent les deux protagonistes, Ohatsu et Tokube’e, en échangeant leurs rôles d’homme et de femme au cours d’une même journée.
Le jardin japonais, qui se distingue nettement du jardin occidental, suscite un vif intérêt chez les touristes étrangers. On le considère souvent comme un havre de paix favorisant la sérénité. Si les temples de Kyoto, tels que le temple d’or (Kinkaku-ji) ou le temple Tenryu-ji, sont si populaires, c’est moins pour leur aspect religieux que pour la beauté de leurs jardins. En effet, si les temples de Kyoto abritent tant de chefs-d’œuvre paysagers, c’est avant tout en raison des liens profonds et historiques que les Japonais entretiennent avec le bouddhisme.
À Nara, qui fut la capitale du Japon au VIIIe siècle avant Kyoto, le bouddhisme a connu un grand essor. À cette époque, les temples étaient avant tout des centres d’étude destinés à prier pour la protection de l’État, ce qui explique l’absence de jardins, — ces espaces propices à la détente — dans ces établissements. Cependant, avec le déplacement de la capitale à Kyoto, la foi est devenue plus personnelle. Le bouddhisme est devenu une pratique prisée par les aristocrates pour leurs prières privées. Ils ont intégré des espaces de prière dans leurs résidences privées, là où se trouvaient déjà des jardins. C’est cette fusion initiale entre l’espace sacré et ce cadre apaisant qui a donné naissance aux célèbres jardins des temples de Kyoto.
Les styles de jardins japonais
Jardin du temple d’orJardin chisen du temple Renge-jiJardin sec du temple Entoku-inJardin devant le pavillon de thé
Le jardin japonais se divise principalement en trois styles : le jardin chisen, aménagé autour d’une pièce d’eau ; le jardin sec karesansui, où l’eau est absente ; et le jardin roji, conçu comme un chemin menant au pavillon de thé. Le style chisen, qu’il soit conçu pour être admiré depuis un bâtiment ou découvert au fil d’une promenade, est particulièrement apprécié car cette nature reproduite en miniature est fascinante à observer. De nombreux clients francophones y trouvent une véritable sérénité et disent qu’ils peuvent ressentir toute l’essence du zen. En revanche, le style karesansui que l’on observe dans les temples zen suscite des avis partagés. Si certains s’y plongent dans la méditation et l’introspection, d’autres le perçoivent comme un lieu austère en raison de son caractère exclusivement minéral.
Le jardin sec karesansui, un lieu de pratique spirituelle
Jardin secJardin sec simpleAssemblage de roches
Si le terme zen évoque la sérénité et la paix intérieure pour les touristes étrangers, il désigne avant tout l’une des écoles majeures du bouddhisme. Cette école enseigne à écouter son cœur et à discerner l’essentiel. Elle a particulièrement été appréciée par les guerriers samouraïs, car ils étaient prêts à affronter la mort à tout moment. La méditation qui est l’une des disciplines de cette école pour se maîtriser leur correspondait parfaitement. Entre le XIIe et le XVIe siècle, période marquée par d’importants conflits militaires, le bouddhisme zen a connu un essor à Kyoto. Les moines zen considéraient alors le jardin comme un espace de pratique spirituelle destiné à soutenir la méditation assise zazen.
Jardin de pierre
Le jardin du temple zen Ryoan-ji est sans doute le modèle le plus emblématique du style karesansui à Kyoto. Il se compose de quinze pierres disposées sur un lit de gravier blanc ratissé. Il a été conçu pour la méditation, mais certains visiteurs trouvent que son esthétique, poussée à l’extrême du dépouillement, manque d’intérêt. Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile de s’y livrer à l’introspection en toute sérénité ces derniers temps en raison de l’afflux de touristes…
Si le jardin de style karesansui, souvent lié à la méditation, ne vous semble pas très intéressant, je vous recommande de l’observer sous l’angle du concept de mitate. C’est une approche japonaise qui consiste à voir une chose à travers une autre par le biais de l’imagination : par exemple, voir une pierre comme une montagne, un assemblage de roches comme une cascade, une île ou des bouddhas, ou encore les motifs ratissés sur le gravier comme des vagues ou un courant.
Le Japon est un pays exigu, souvent frappé par les catastrophes naturelles. Pourtant, plutôt que de chercher à maîtriser cet environnement parfois hostile, les Japonais ont su coexister avec lui grâce à leur créativité et leur ingéniosité. Si le jardin de style karesansui a initialement été conçu comme un lieu de méditation lié à l’essor du bouddhisme zen, il constitue également une solution paysagère rationnelle. Grâce au concept unique du mitate, il permet de représenter la nature dans des espaces restreints ou dépourvus d’eau, en utilisant des éléments minimalistes. De nos jours, le jardin karesansui est conçu non seulement dans les temples zen, mais aussi dans ceux d’autres écoles bouddhistes en raison de son esthétisme et de la pureté de sa composition. On peut également en voir dans un coin des hôtels, des magasins ou des restaurants japonais traditionnels.
Les jardins secs karesansui recommandés à Kyoto
Au temple Ryogen-inAu temple Zuiho-inAu temple Daisen-inAu temple Oubai-in
Si vous souhaitez méditer au calme et laisser libre cours à votre imagination à travers le concept de mitate, je vous recommande vivement le Daitoku-ji. Ce complexe abrite plus d’une vingtaine de sous-temples au sein de son vaste domaine, dont quatre (le Ryogen-in, le Zuiho-in, le Daisen-in et l’Oubai-in) sont habituellement ouverts au public. Comme ils sont tous proches les uns des autres, vous pourrez les visiter facilement. Les jardins de chacun de ces temples, empreints de poésie, méritent le détour. Grâce à eux, l’image «complexe» que l’on se fait des jardins secs karesansui se transformera en une expérience fascinante.
Tout comme le bodhisattva Jizo, Kannon — le bodhisattva de la compassion — est l’une des divinités les plus populaires et les plus vénérées du bouddhisme japonais. Cela s’explique par le fait que Kannon reste dans ce monde pour nous aider à nous libérer de la souffrance, même s’il a atteint l’éveil nécessaire pour devenir Bouddha. Les touristes étrangers qui visitent pour la première fois Kyoto ou Nara, les anciennes capitales du pays, se rendent souvent dans des temples bouddhistes qui, dans la plupart des cas, sont consacrés à Kannon, même s’ils ne s’en rendent pas compte.
Une caractéristique commune à de nombreux temples consacrés à Kannon réside dans leur style architectural unique : les bâtiments principaux sont souvent construits en surplomb sur des pentes raides. Cette architecture vise à représenter le paradis où réside Kannon qui, selon une légende bouddhiste, se trouve sur une montagne escarpée.
Temple Kiyomizu-dera
Le temple Kiyomizu-dera de Kyoto est l’exemple architectural le plus représentatif des temples consacrés à Kannon. Son bâtiment principal est doté d’une vaste terrasse soutenue sans aucun clou par d’imposants piliers en bois de zelkova et des traverses encastrées. Ce type de terrasse a été ajouté pour accueillir les nombreux pèlerins venus chercher le salut auprès de Kannon. Celle de Kiyomizu-dera, très ouverte, semble flotter dans les airs. Tout comme le Kinkaku-ji et le sanctuaire Fushimi Inari Taisha, Kiyomizu-dera est un site incontournable à Kyoto, ce qui explique pourquoi le site est souvent bondé. Toutefois, l’enceinte du temple est vaste : prenez le temps de contempler son architecture sous différents angles.
Pavillon Nigatsu-do
À Nara, vous visiterez certainement le temple Todai-ji. Moins connu que la salle du Grand Bouddha, le pavillon Nigatsu-do, situé sur les hauteurs, est un bâtiment consacré à Kannon. De sa terrasse, vous pourrez profiter d’une belle vue sur Nara. Lors de la cérémonie bouddhiste de repentance du Shuni-e, qui se déroule pendant deux semaines en mars, cette terrasse devient un théâtre rituel sacré où sont brandies de grandes torches.
Même s’il s’agit d’un temple consacré à Kannon, on ne peut pas toujours voir la statue originale. Au Kiyomizu-dera, par exemple, ce que l’on voit habituellement n’est qu’une copie. Quant au Nigatsu-do du Todai-ji, ses statues de Kannon sont si sacrées et secrètes que personne n’est autorisé à les voir.
Temple Hase-dera
Temple Hase-dera
Le temple Hase-dera, situé dans les environs de Nara, est donc un site idéal pour admirer une statue originale de Kannon et s’imprégner d’une atmosphère empreinte de sa miséricorde. En empruntant un long escalier couvert, on atteint le bâtiment principal perché en hauteur. J’aime beaucoup cette approche. Au printemps et en automne, on peut prier en touchant directement les pieds de Kannon pour implorer sa bienveillance.
Temple Ishiyama-dera
Enfin, je vous présente l’Ishiyama-dera, le temple de la montagne rocheuse, situé à Otsu dans la préfecture de Shiga. De nombreux bâtiments religieux s’y dressent sur des affleurements de wollastonite. Comme son nom l’indique, ses paysages rocheux sont spectaculaires. Le bodhisattva Kannon, que l’on dit résider sur des montagnes escarpées, est également étroitement associé aux rochers sacrés. En ce sens, ce temple incarne, lui aussi, la demeure véritable de Kannon.
Cette année, on peut profiter des couleurs d’automne un peu plus tôt que l’automne dernier. Bien que certaines feuilles aient été desséchées et brûlées à cause de la canicule, la baisse de température matinale et nocturne de ces derniers jours leur apporte de belles couleurs. Les sites célèbres de Kyoto sont tous bondés de touristes, j’ai donc choisi de profiter de l’automne dans mon voisinage. L’automne, ma saison préférée, me semble devenir de plus en plus court car la chaleur estivale persiste plus longtemps ces dernières années. Ces endroits où je peux admirer le changement des couleurs en toute tranquillité sont particulièrement précieux.
Le temple Joruri-ji, Kizugawa
Temple Joruri-ji
Joruri-ji est un lieu empreint d’une atmosphère de sérénité rustique. Le jardin traditionnel de style représentant la Terre pure est aménagé autour d’un étang. À l’ouest se dresse le pavillon abritant neuf statues d’Amida Bouddha, symbole de la Terre pure occidentale qui promet le bonheur dans l’au-delà. À l’est se trouve la pagode qui abrite le Bouddha de la Médecine, symbole de la Terre pure orientale qui soulage les souffrances de ce monde. Ce temple ne présente aucune des installations visant à l’attrait «Instagrammable» que l’on trouve souvent dans les temples de Kyoto de nos jours, et il est très rarement illuminé. Je pense que c’est un endroit exceptionnel où l’on peut véritablement faire l’expérience d’une atmosphère naturelle et paisible.
Le temple Konbu-in, Nara
Temple Konbu-in
Konbu-in est un couvent bouddhiste de la ville de Nara qui n’ouvre ses portes au public que pour trois jours exceptionnels en novembre. Bien qu’il se trouve en pleine ville, il est niché sur une petite colline, ce qui donne l’impression d’entrer dans un temple de montagne dès que l’on pénètre dans son vaste domaine. Quand on pense aux temples de Nara, la première image qui vient à l’esprit est Todai-ji, célèbre pour sa magnifique architecture bouddhiste et son Grand Bouddha. J’apprécie cette atmosphère majestueuse, mais j’aime aussi les lieux comme Konbu-in, où règne une tranquillité réconfortante et apaisante.
Le sabre japonais, le katana, l’un des symboles de l’esthétique japonaise, est très apprécié comme œuvre d’art dans le monde entier. Il est encore forgé selon un savoir-faire ancestral.
Je constate que les initiations de samouraïs et les démonstrations d’iaigiri — qui consiste à trancher obliquement un bambou d’un seul coup de katana — sont très prisées des touristes étrangers aujourd’hui. Mais il est dommage que l’aspect du katana comme simple arme soit ainsi le seul mis en avant.
Depuis longtemps le katana entretient un lien profond avec la vie quotidienne des Japonais. À l’origine, il était bien plus qu’une simple arme : c’était un objet précieux transmis de génération en génération, un talisman protégeant son propriétaire des mauvais esprits, ou encore la preuve de la volonté inébranlable de mener une vie dont on pourrait être fier. Ainsi, le katana reflète l’âme profonde des Japonais. Cette fois-ci, sur mon blog «Découvrir le Japon à travers les ateliers d’artisans», je vous invite à découvrir la forge de sabre japonais de Futsuno Masataka, installée à Tenri, en banlieue de Nara.
Saviez-vous qu’il est très difficile de vivre de cet artisanat ? Pour devenir forgeron, il faut suivre une formation non rémunérée d’au moins cinq ans auprès d’un maître. Même lorsque les apprentis sont qualifiés en tant que forgerons indépendants, il arrive qu’ils ne parviennent pas à ouvrir leur propre forge et qu’ils finissent par abandonner la fabrication des katanas. De ce fait, le nombre de forgerons qui parviennent à subsister grâce à cet art est en déclin, estimé aujourd’hui à seulement une trentaine.
Forge de sabre japonais de Futsuno Masataka
Le forgeron Futsuno forge ses katanas de manière traditionnelle à Tenri depuis 2005, perpétuant un savoir-faire ancestral. À sa forge, on peut observer une partie du processus de fabrication. Celui-ci consiste à chauffer le tamahagane (la matière première), brisé en morceaux, à environ 1 300 degrés Celsius, le marteler pour le souder, inciser les morceaux soudés, puis le forger successivement verticalement et horizontalement à maintes reprises afin de l’étirer. Le spectacle des étincelles qui jaillissent est impressionnant. Il profite également de ces moments pour présenter les étapes détaillées de la fabrication des katanas.
TamahaganeProcessus de fabricationCharbon de bois du pinForger
Après la démonstration, il est temps d’apprécier des katanas et des tachis. On en apprécie la beauté en observant la lumière se refléter sur la lame. La forme simple et épurée de la lame vous fera ressentir une tension. Le forgeron Futsuno vous explique comment tenir et apprécier la lame. Observez surtout le hamon (la ligne de trempe ondulée située sur le tranchant). Plus précisément, il existe deux types de hamon : le hamon « extérieur », parfait et créé par le polisseur tel un maquillage, et le hamon « intérieur », brut et énergique, façonné par le forgeron lui-même.
Le forgeron Futsuno fabrique avec passion des katanas. Son amour pour ces lames vous touchera profondément. Il sera également très agréable d’écouter ses réflexions et celles de son épouse, teinturière à l’indigo, sur leur passion commune pour l’artisanat.
La visite de la forge de sabres japonais de Futsuno Masataka Durée : Environ deux heures Tarif : 3 500 yens par personne (minimum de 14 000 yens, même pour moins de quatre personnes)
Les origines du shintoïsme, la religion propre au Japon, remontent à une période très ancienne. Les lieux dédiés aux divinités kami existaient déjà dans l’Antiquité, mais ils n’avaient pas la forme des bâtiments comme les sanctuaires que nous connaissons aujourd’hui. Initialement, les montagnes, les grandes rochers ou les abres majestueux étaient considérés comme des lieux sacrés habités par les kami. Des sites de culte temporaires ont été ensuite établis, et pour protéger ces lieux du vent et de la pluie, les sanctuaires shinto jinja tels qu’ils sont aujourd’hui ont été construits.
Power spot céleste à Shiga
Le sanctuaire shinto Aga-jinja situé dans la ville de Higashiōmi, préfecture de Shiga, est l’un de ces sanctuaires chargés d’une très longue histoire. Il se dresse sur le mont Akagami qui culmine à 350 mètres d’altitude et qui est vénéré depuis toujours comme une montagne sacrée habitée par le kami. Il est dédié au premier fils d’Amaterasu Ōkami du grand sanctuaire d’Ise, un kami qui accorde la victoire et le bonheur. Ici, la victoire recherchée n’est pas celle sur un adversaire, mais bien celle que l’on obtient en se surpassant. Bien qu’il soit d’origine shinto, son culte particulier s’est établi en intégrant le bouddhisme et le shugendo (ascétisme de montagne).
Aga-jinjaMarches en pierre
Aga-jinja est plus connu sous le nom de Tarōbō-gū. Selon la légende, Tarōbō est le nom du tengu qui protégeait le kami du sanctuaire en pratiquant des ascèses sur le mont Akagami. Les bâtiments principaux du sanctuaire sont perchés sur la montagne et plus de 740 marches en pierre mènent au sanctuaire principal. (Il y a un parking à mi-pente de la montagne, d’où il reste environ 260 marches jusqu’au sanctuaire principal.)
Torii en bois brutAlignement des torii
Jusqu’au début du XXᵉ siècle, plus d’un millier de torii étaient alignés sur la voie d’accès au sanctuaire. Bien qu’ils soient peut-être moins impressionnants que les célèbres torii vermillon du sanctuaire Fushimi Inari à Kyoto, les torii en bois brut, qui semblent avoir été offerts récemment, sont magnifiquement alignés.
Rocher des Époux
Devant le bâtiment principal s’élève un énorme rocher appelé le « Rocher des Époux » (Meoto-iwa). Le chemin qui passe entre les deux rochers n’est large que de 80 centimètres. On dit que si l’on formule un souhait en le traversant, il se réalisera, mais que les menteurs se feront coincer par les rochers. J’ai donc traversé moi aussi, non sans une certaine appréhension.
Sanctuaire principalSanctuaire perché sur la montagnePlateforme Rochers abrupts
Le sanctuaire principal est construit sur la paroi rocheuse. On peut profiter d’une vue panoramique depuis la plateforme en contrebas. Les piliers de cette plateforme sont eux aussi fixés dans les rochers abrupts, ce qui est un peu effrayant quand on y est…
Pour vous rendre au sanctuaire Aga-jinja depuis Kyoto, prenez la ligne Biwako du JR jusqu’à la gare d’Omi-Hachiman. Là, changez pour la ligne Omi-Tetsudo et descendez à la gare de Tarōbō-gū mae. Le sanctuaire est ensuite à 20 minutes à pied.
C’est un lieu que les touristes étrangers connaissent peu, ce qui en fait une destination parfaite pour une petite excursion au départ de Kyoto. Mais attention : les marches sont très fatigantes ! Dépassez-vous et obtenez les bienfaits du kami.