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Pavillon flottant

Une petite escapade à Katata, ancienne cité du transport fluvial du lac Biwa

Pavillon flottant
Pavillon flottant

À 20 minutes de train sur la ligne JR Kosei depuis la gare de Kyoto, Katata se situe sur la rive ouest du lac Biwa, à l’endroit où le lac se rétrécit entre ses bassins Nord et Sud.
Le pavillon flottant du temple Mangetsu-ji sur le lac Biwa construit il y a plus de 1 000 ans pour prier pour la sécurité du transport fluvial et pour sauver tous les êtres est un symbole emblématique de Katata. La scène hivernale au coucher du soleil, où une nuée d’oies sauvages se pose autour de ce pavillon, figure parmi les huit vues d’Omi (l’actuelle préfecture de Shiga) et a été immortalisée par le maître de l’ukiyo-e Utagawa Hiroshige.

Katata était autrefois une cité florissante du transport fluvial grâce à sa situation géographique stratégique. À l’origine simple « village de pêcheurs », la cité offrait des produits frais de la pêche du lac Biwa en hommage au sanctuaire Shimogamo-jinja à Kyoto, ce qui lui permit d’obtenir en contrepartie des droits de pêche exclusifs sur le lac. Elle acquit également d’importants privilèges sur le trafic fluvial en percevant des frais de protection auprès des navires en échange de la garantie de leur sécurité, se développant ainsi en une véritable cité autonome à l’époque médiévale.

Aujourd’hui, en raison de sa proximité avec Kyoto, Katata est surtout connue comme une ville-dortoir de l’ancienne capitale. Elle conserve néanmoins de nombreux vestiges et sites historiques qui témoignent de son passé d’autonomie, à l’image des murs de pierre élevés pour la protection de la ville et l’amarrage des bateaux, ou encore du jardin sec de la demeure du puissant clan Isome, qui offre une belle vue sur le lac en arrière-plan.

Nouvelles feuilles de thé

Escapade culturelle autour du thé d’Uji

La région de Yamashiro, située dans le sud de la préfecture de Kyoto, est célèbre pour sa production de thé de haute qualité connu sous le nom de « thé d’Uji ». Elle bénéficie d’un sol et de conditions climatiques favorables à la culture du thé. À Wazuka, Ujitawara et Minami-Yamashiro, les champs de thé s’étendent à perte de vue.

L’histoire du thé d’Uji remonte au début du XIIIᵉ siècle, lorsqu’un moine a introduit des graines de théier auprès des villageois d’Uji, centre de la région de Yamashiro, à son retour de Chine. Ainsi, on pense souvent que le thé d’Uji est uniquement fabriqué à partir de feuilles de thé récoltées dans les environs de la ville d’Uji. En réalité, le thé d’Uji est une marque de thé vert élaboré à partir de feuilles produites dans quatre préfectures — Kyoto et les préfectures voisines de Shiga, Nara et Mie — selon la méthode de fabrication traditionnelle de la région d’Uji.

Autour du quartier de grossistes en thé
Autour du quartier de grossistes en thé

La région de Yamashiro jouait un rôle important non seulement dans la production du thé, mais aussi dans sa distribution. Récemment, l’exportation du thé japonais s’est développée à la suite du boom du matcha. Cependant, de la fin de l’époque d’Edo à l’ère Meiji (1868-1912), le sencha (thé vert infusé) a été exporté en grande quantité comme thé de consommation courante, notamment aux États-Unis. La rivière Kizugawa, qui coule dans cette région, constituait un nœud de transport fluvial ; autour du quartier de Kamikoma, situé au cœur de ce réseau, un quartier de grossistes en thé s’est formé, devenant ainsi un haut lieu de la distribution et du commerce extérieur.

Fukujuen Yamashiro-kan

Parmi la vingtaine de grossistes en thé qui subsistent dans ce quartier, Fukujuen, fondé sur place en 1790, est le plus important. En 2025, la maison a ouvert un nouvel établissement qui retrace l’histoire et la culture du thé de la région de Yamashiro. On y découvre le passage de la fabrication artisanale du thé à sa mécanisation, ainsi que d’anciennes machines à thé. De plus, il est possible d’y fabriquer son propre matcha en moulant du tencha à l’aide d’une meule en pierre, puis de le déguster.
Le tencha est obtenu en cuisant à la vapeur de jeunes pousses de thé cultivées à l’ombre, puis en les séchant sans les malaxer. Après en avoir retiré les tiges et les nervures, on les broie à l’aide d’une meule en pierre pour obtenir du matcha.
Dans certaines boutiques de thé, vous pourrez parfois observer la fabrication du matcha à l’aide d’une machine. La méthode traditionnelle à la meule en pierre, quant à elle, demande du temps car il faut broyer le thé minutieusement, en conservant une vitesse, une force et une direction constantes. C’est grâce à cela que l’on obtient un matcha plus doux et aérien.
C’est une expérience un peu fatigante, mais en broyant environ 4 à 5 grammes de tencha, on peut préparer deux tasses de matcha. En général, on accompagne le matcha d’une pâtisserie japonaise, mais ici, vous pourrez déguster un gâteau opéra au matcha. C’est délicieux !

  • Fukujuen Yamashiro-kan est situé à 9 minutes à pied au sud-ouest de la gare JR de Kamikoma.
  • L’activité ci-dessus coûte 2 750 yens (30 minutes) par personne. La réservation préalable est obligatoire.
Reimen

Le reimen, des nouilles froides recommandées en été

Les ramen sont très populaires auprès des touristes étrangers. Récemment, pour le déjeuner lors de mes visites guidées, j’en mange souvent avec mes clients. On peut en manger à un prix assez raisonnable au Japon par rapport à l’Europe (ils me disent souvent : « C’est très cher chez nous, environ trois fois plus »). Mais la popularité des ramen n’est pas seulement due à leur prix. Le goût du bouillon, les garnitures variées (on voit récemment des ramen au bœuf wagyu), les accompagnements comme les gyoza et le karaage (poulet frit)… Pour toutes ces raisons, le ramen les attire, je trouve.

Ramen chez Kamukura
Ramen chez Kamukura

Moi aussi, j’aime les ramen. Mais en été, je préfère les nouilles froides reimen. On peut en manger dans les restaurants de ramen et les restaurants chinois. De plus, on trouve facilement des kits de nouilles reimen avec leur sauce (par exemple, à base de sésame) dans les supermarchés.
La préparation est simple : on fait bouillir les nouilles, on les égoutte dans une passoire, on les rince à l’eau courante, puis on les refroidit dans de l’eau glacée avant de bien les égoutter à nouveau.
On dispose sur les nouilles les garnitures de son choix, telles que de fines lanières d’omelette, du concombre, du jambon, des tomates cerises ou du surimi. Enfin, on arrose le tout de sauce. Par rapport aux ramen chauds, les reimen sont légers et faciles à manger, même lorsqu’on n’a pas très grand appétit.
Si vous séjournez dans un Airbnb ou un logement similaire équipé d’une cuisine, pourquoi ne pas essayer ?

Fleur de lotus

Le lotus, fraîcheur de l’été

Après un mois de juin un peu plus frais que d’habitude, la saison des pluies a rapidement laissé place à une chaleur étouffante. C’est le moment de sortir l’ombrelle et le mini-ventilateur !
Mais même sous cette chaleur écrasante, la beauté pure du lotus offre une vraie bouffée de fraîcheur.

Cela dit, le réceptacle de la fleur, une fois fanée, est assez particulier. C’est un peu comme une pomme d’arrosoir, voire un brin étrange… On croirait voir une multitude de petits yeux, mais ce sont en fait ses graines. J’aime manger le rhizome du lotus, mais il paraît que ses graines sont aussi bonnes, cuites à l’eau salée.
Une fois séché, ce réceptacle en forme de nid d’abeilles est très utilisé dans l’art floral ikebana. On en trouve souvent dans les bassins de purification des temples et des sanctuaires, au milieu d’autres fleurs d’été. Ouvrez l’œil lors de vos visites !

Hortensias du temple Yoshimine-dera

Le temple Yoshimine-dera, la pépite aux hortensias de Kyoto

Comme fleurs qui embellissent la saison des pluies au Japon, on peut citer l’iris ensata, la rose trémière, l’hortensia, le nénuphar ou encore le hangesho. La fleur que les Japonais aiment le plus admirer pendant cette période est sans doute l’hortensia. Dans les rues, les jardins ou les parcs… ils sont omniprésents. Il existe aussi un peu partout au Japon des « temples aux hortensias ». Certes, on voit souvent cette fleur star de la saison des pluies dans les temples japonais, mais pourquoi ? En réalité, l’hortensia est une plante étroitement liée au bouddhisme au Japon depuis bien longtemps.

Au Japon, la saison des pluies marque une période de transition saisonnière. Autrefois, à l’époque où la médecine était encore rudimentaire, ce changement de climat causait de nombreux décès. Comme l’hortensia est facile à cultiver et à entretenir, il était alors offert en hommage aux défunts.
Aujourd’hui, pour continuer à attirer les touristes après la saison des fleurs de printemps, les temples japonais rivalisent d’ingéniosité pour séduire sur Instagram. On y aligne de nombreux hortensias en pot, on fait flotter des fleurs dans le bassin de purification, ou on y installe même des parapluies colorés… Certes, cela ne manque pas de charme, mais pour ceux qui préfèrent simplement contempler la beauté naturelle des hortensias, ce décor peut sembler un peu trop chargé, voire distrayant. À cet égard, je pense que le temple Yoshimine-dera est un lieu précieux, où l’on peut admirer la beauté naturelle des hortensias tout en profitant de l’atmosphère paisible d’un temple.

Temple Yoshimine-dera
Temple Yoshimine-dera

Fondé au XIe siècle, le temple Yoshimine-dera est l’un des 33 temples du pèlerinage de Kannon dans la région du Kansai. Niché à la périphérie de Kyoto, à flanc de montagne, son accès se mérite. Son domaine étant particulièrement vaste, la visite s’apparente à une petite randonnée. Cependant, votre fatigue sera vite oubliée face à la vue panoramique sur Kyoto et aux éclats colorés de chaque saison.En ce moment, le site est embelli par de magnifiques dégradés de couleurs d’hortensias.

Un autre joyau du temple se dresse devant la pagode : le Yuryu-no-matsu, un pin à cinq aiguilles âgé de plus de 600 ans. Ses branches s’étirent horizontalement sur 37 mètres, évoquant la silhouette d’un dragon qui joue dans la nature. Un spectacle saisissant à ne pas manquer.

  • Le temple Yoshimine-dera est situé à environ 20 minutes en taxi de la gare JR de Mukomachi.
  • Le tarif d’entrée est de 500 yens.
Jardin de roses

Le jardin de roses du temple Ryosen-ji à Nara

Jardin de roses
Jardin de roses

Un temple singulier situé à l’ouest du centre-ville de Nara … Ce lieu chargé d’histoire est dédié au Bouddha de la médecine. Au printemps comme en automne, il attire également les visiteurs par la beauté de ses roses. Son jardin de roses a été créé en 1957 à l’initiative du supérieur du temple. Ayant vécu la Seconde Guerre mondiale, il souhaitait que les visiteurs ressentent une paix intérieure en admirant les roses. C’est un peu surprenant d’admirer des roses dans un temple traditionnel, mais ce lieu est un spot de roses, très prisé des locaux.

Ce fameux jardin de roses se trouve à droite, juste après avoir franchi le portique torii qui se dresse à l’entrée du temple. Un torii à l’entrée d’un temple ? S’agirait-il alors d’un sanctuaire shinto ? Non, c’est bel et bien un temple bouddhiste. Il n’est pas rare au Japon de trouver un torii dans un temple bouddhiste, témoignage fascinant du syncrétisme religieux shinto-bouddhiste. À l’origine, le torii fait office de frontière spirituelle, marquant la séparation entre le monde sacré et le monde profane. Au temple Ryosen-ji, Benzaiten — une divinité protectrice du bouddhisme issue de l’Inde ancienne — y est profondément vénérée au même titre que le Bouddha de la médecine. C’est pourquoi ce portique s’élève à l’entrée.
Le domaine du temple est vaste, ce qui vous permettra de vous ressourcer en pleine nature, au cœur d’une atmosphère paisible pendant cette période de nouvelle verdure.

  • Pour vous rendre au temple Ryosen-ji, prenez le bus n° 50 depuis la gare de Tomio (ligne Kintetsu Nara) et descendez à l’arrêt « Ryosen-ji » (environ 7 minutes de trajet).
  • Le tarif d’entrée du temple est de 1 000 yens pendant la saison des roses.
Jardin de la villa Tairyu-sanso

Un moment de délice au jardin de la villa Tairyu-sanso

Jardin grandiose
Jardin grandiose

Autour du temple Nanzen-ji à Kyoto, de hauts dignitaires du gouvernement et des hommes d’affaires ont bâti leurs villas en profitant des terrains de l’enceinte sacrée, confisqués par l’État après la restauration de Meiji de 1868. Jusqu’à récemment, à l’exception de la villa Murin-an et de quelques autres reconverties en restaurants traditionnels, la grande majorité de ces propriétés chargées d’histoire restaient fermées au public. Ce quartier de villas demeurait un lieu secret dont on ne pouvait contempler que les façades depuis l’extérieur.

Cependant, depuis quelques années, la villa Tairyu-sanso, réputée pour son jardin grandiose, a commencé à ouvrir ses portes.
La villa Tairyu-sanso a été construite entre 1896 et 1899 sur l’ancien site d’un temple secondaire du Nanzen-ji, pour servir de résidence secondaire à un homme d’affaires. Par la suite, elle est devenue la propriété d’un marchand de kimonos. Entre 1901 et 1905, d’importants travaux de rénovation ont été entrepris sur le bâtiment et le jardin, donnant ainsi naissance aux paysages actuels.

C’est le célèbre paysagiste Jihei Ogawa VII (1860-1933) qui s’est chargé de la rénovation de ce dernier. Tout comme pour les autres jardins du quartier, il a intégré les montagnes de Higashiyama comme « décor emprunté » (shakkei). De plus, l’eau acheminée depuis le canal du lac Biwa est utilisée non seulement pour alimenter l’étang, mais aussi pour créer des ruisseaux et des cascades.

Si l’on peut profiter pleinement de la vue sur le jardin depuis le bâtiment de style sukiya (une architecture libre et épurée dédiée à la cérémonie du thé), c’est en s’y promenant que l’on est véritablement impressionné par son immensité et la diversité de ses paysages. Un coin de nature avec une roue à aube recréant un paysage rural et bucolique, une vaste pelouse idéale pour organiser des réceptions ou des cérémonies du thé en plein air, un espace bercé par le murmure des ruisseaux… Le domaine offre une multitude d’ambiances.

J’ai visité le domaine à la fin du mois de mai. Les azalées touchaient à leur fin, mais les iris hana-shoubu devraient être magnifiques en juin… Bien entendu, les pins soigneusement taillés, indissociables des jardins japonais, sont également superbes. Comme le visage du jardin change au fil des saisons — avec les cerisiers et les glycines au printemps, ou les érables en automne —, ce sera un plaisir d’y revenir pour une nouvelle promenade sensorielle.

  • Le prix de l’entrée pour la villa Tairyu-sanso est de 3 000 yens.
  • La villa est située à environ 7 minutes à pied de la station Keage, juste dans l’allée en face du café Blue Bottle Coffee.
  • Un dépôt pour les bagages est disponible à l’entrée avant la visite (veuillez toutefois conserver vos objets de valeur avec vous).
  • Les sentiers du jardin étant étroits, la visite s’effectue obligatoirement en sens unique. Merci de bien vouloir suivre le parcours indiqué.
Cerisiers le long de la rivière Tamagawa

Les cerisiers dans un paysage champêtre, un moment de détente

Il existe de nombreux lieux célèbres pour admirer les cerisiers en fleurs au Japon. Cependant, ces endroits sont souvent bondés de touristes, ce qui peut s’avérer un peu fatigant. Heureusement, on peut apprécier les cerisiers un peu partout : dans les parcs locaux, au détour d’une promenade ou le long des rivières… Voici les cerisiers du bourg d’Ide, situé près de la ville de Kizugawa où j’habite. C’est un instant de détente absolue, loin de l’agitation quotidienne.

Au-delà de cette rangée de cerisiers se trouve le temple Jizo Zen-in. On peut y admirer un cerisier pleureur tricentenaire. Trônant sur les hauteurs, il offre une vue magnifique sur les villages paisibles du sud de la préfecture de Kyoto. On dit de lui qu’il est l’« oncle » du célèbre cerisier pleureur de Gion, l’arbre emblématique du parc Maruyama à Kyoto. Bien qu’il décline en raison de son grand âge, il se tient toujours debout et nous transmet toute son énergie.

Sonezaki Shinju Monogatari

Le spectacle de Kabuki au théâtre Minami-za de Kyoto

Théâtre Minami-za
Théâtre Minami-za

Le kabuki est l’un des arts du spectacle les plus emblématiques du Japon et a vu le jour à l’époque d’Edo avec une femme nommée Izumo no Okuni. Elle a créé un spectacle moderne pour l’époque. Elle s’habillait en homme et dansait sur des musiques populaires, ce qui a séduit les gens ordinaires de l’époque. En raison de son style original et excentrique, on a appelé sa danse kabuki, ce qui signifie être original. Par la suite, des troupes de femmes ont commencé à pratiquer des danses collectives. Mais le gouvernement de l’époque (le shogunat Tokugawa) a interdit les femmes sur scène, les accusant de corrompre les mœurs. C’est ainsi que les hommes ont commencé à jouer tous les rôles. C’est pour cette raison qu’aujourd’hui, le kabuki est joué uniquement par des hommes.

Sonezaki Shinju Monogatari
Sonezaki Shinju Monogatari

L’année dernière, grâce au succès du film Kokuho (Le maître du Kabuki), cet art a également séduit les jeunes générations. La pièce intitulée L’Histoire des suicides d’amour à Sonezaki (Sonezaki Shinju Monogatari) constitue d’ailleurs le point culminant de ce film. Les représentations de cette œuvre en mars au Minami-za connaissent actuellement un immense succès. L’originalité de cette mise en scène est assez impressionnante : Nakamura Kazutaro et Onoe Ukon interprètent les deux protagonistes, Ohatsu et Tokube’e, en échangeant leurs rôles d’homme et de femme au cours d’une même journée.

Au temple Daisen-in

L’art des jardins dans les temples de Kyoto : pourquoi une telle splendeur ?

Le jardin japonais, qui se distingue nettement du jardin occidental, suscite un vif intérêt chez les touristes étrangers. On le considère souvent comme un havre de paix favorisant la sérénité. Si les temples de Kyoto, tels que le temple d’or (Kinkaku-ji) ou le temple Tenryu-ji, sont si populaires, c’est moins pour leur aspect religieux que pour la beauté de leurs jardins. En effet, si les temples de Kyoto abritent tant de chefs-d’œuvre paysagers, c’est avant tout en raison des liens profonds et historiques que les Japonais entretiennent avec le bouddhisme.

À Nara, qui fut la capitale du Japon au VIIIe siècle avant Kyoto, le bouddhisme a connu un grand essor. À cette époque, les temples étaient avant tout des centres d’étude destinés à prier pour la protection de l’État, ce qui explique l’absence de jardins, — ces espaces propices à la détente — dans ces établissements. Cependant, avec le déplacement de la capitale à Kyoto, la foi est devenue plus personnelle. Le bouddhisme est devenu une pratique prisée par les aristocrates pour leurs prières privées. Ils ont intégré des espaces de prière dans leurs résidences privées, là où se trouvaient déjà des jardins. C’est cette fusion initiale entre l’espace sacré et ce cadre apaisant qui a donné naissance aux célèbres jardins des temples de Kyoto.

Les styles de jardins japonais

Le jardin japonais se divise principalement en trois styles : le jardin chisen, aménagé autour d’une pièce d’eau ; le jardin sec karesansui, où l’eau est absente ; et le jardin roji, conçu comme un chemin menant au pavillon de thé. Le style chisen, qu’il soit conçu pour être admiré depuis un bâtiment ou découvert au fil d’une promenade, est particulièrement apprécié car cette nature reproduite en miniature est fascinante à observer. De nombreux clients francophones y trouvent une véritable sérénité et disent qu’ils peuvent ressentir toute l’essence du zen. En revanche, le style karesansui que l’on observe dans les temples zen suscite des avis partagés. Si certains s’y plongent dans la méditation et l’introspection, d’autres le perçoivent comme un lieu austère en raison de son caractère exclusivement minéral.

Le jardin sec karesansui, un lieu de pratique spirituelle

Si le terme zen évoque la sérénité et la paix intérieure pour les touristes étrangers, il désigne avant tout l’une des écoles majeures du bouddhisme. Cette école enseigne à écouter son cœur et à discerner l’essentiel. Elle a particulièrement été appréciée par les guerriers samouraïs, car ils étaient prêts à affronter la mort à tout moment. La méditation qui est l’une des disciplines de cette école pour se maîtriser leur correspondait parfaitement. Entre le XIIe et le XVIe siècle, période marquée par d’importants conflits militaires, le bouddhisme zen a connu un essor à Kyoto. Les moines zen considéraient alors le jardin comme un espace de pratique spirituelle destiné à soutenir la méditation assise zazen.

Jardin de pierre
Jardin de pierre

Le jardin du temple zen Ryoan-ji est sans doute le modèle le plus emblématique du style karesansui à Kyoto. Il se compose de quinze pierres disposées sur un lit de gravier blanc ratissé. Il a été conçu pour la méditation, mais certains visiteurs trouvent que son esthétique, poussée à l’extrême du dépouillement, manque d’intérêt. Par ailleurs, il devient de plus en plus difficile de s’y livrer à l’introspection en toute sérénité ces derniers temps en raison de l’afflux de touristes…

Si le jardin de style karesansui, souvent lié à la méditation, ne vous semble pas très intéressant, je vous recommande de l’observer sous l’angle du concept de mitate. C’est une approche japonaise qui consiste à voir une chose à travers une autre par le biais de l’imagination : par exemple, voir une pierre comme une montagne, un assemblage de roches comme une cascade, une île ou des bouddhas, ou encore les motifs ratissés sur le gravier comme des vagues ou un courant.

Le Japon est un pays exigu, souvent frappé par les catastrophes naturelles. Pourtant, plutôt que de chercher à maîtriser cet environnement parfois hostile, les Japonais ont su coexister avec lui grâce à leur créativité et leur ingéniosité. Si le jardin de style karesansui a initialement été conçu comme un lieu de méditation lié à l’essor du bouddhisme zen, il constitue également une solution paysagère rationnelle. Grâce au concept unique du mitate, il permet de représenter la nature dans des espaces restreints ou dépourvus d’eau, en utilisant des éléments minimalistes. De nos jours, le jardin karesansui est conçu non seulement dans les temples zen, mais aussi dans ceux d’autres écoles bouddhistes en raison de son esthétisme et de la pureté de sa composition. On peut également en voir dans un coin des hôtels, des magasins ou des restaurants japonais traditionnels.

Les jardins secs karesansui recommandés à Kyoto

Si vous souhaitez méditer au calme et laisser libre cours à votre imagination à travers le concept de mitate, je vous recommande vivement le Daitoku-ji. Ce complexe abrite plus d’une vingtaine de sous-temples au sein de son vaste domaine, dont quatre (le Ryogen-in, le Zuiho-in, le Daisen-in et l’Oubai-in) sont habituellement ouverts au public. Comme ils sont tous proches les uns des autres, vous pourrez les visiter facilement. Les jardins de chacun de ces temples, empreints de poésie, méritent le détour. Grâce à eux, l’image « complexe » que l’on se fait des jardins secs karesansui se transformera en une expérience fascinante.