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De l'intérieur

Une balade sous la pluie à Kyoto

Ce n’est pas toujours agréable de se promener sous la pluie, mais dans les jardins japonais, un temps pluvieux fait ressortir le charme de verdures fraîches en cette belle saison.

Jardin du temple Shoren-in
Jardin du temple Shoren-in

Le temple Shoren-in est l’un de mes temples préférés. Des camphriers géants âgés de 800 ans se font remarquer par leurs branches magnifiques. Non loin du quartier de Gion, il y règne un silence reposant. J’y amène souvent des touristes francophones pour qu’ils puissent apprécier tranquillement son beau jardin apaisant, qui peut être vu depuis l’intérieur d’un bâtiment. Ce jardin se goûte mieux par temps pluvieux. Contempler le jardin imprégné d’une ambiance zen en goûtant la mélodie de la pluie, c’est une autre façon d’admirer le jardin japonais.

Camphrier
Camphrier

On aperçoit des samares doubles légèrement colorées entre les feuilles d’érable. C’est comme un petit hélicoptère.

Samares doubles
Samares doubles
Fleurs de glycine

Le rideau de fleurs de glycine au palais impérial Sento de Kyoto

Situé au sud-est du palais impérial de Kyoto, le palais Sento, plus précisément, son vestige se visite sur rendez-vous.
L’original a été construit en 1630 pour l’empereur retiré Go-Mizunoo. Chaque fois qu’il a été frappé par un incendie, il a été reconstruit. Cependant, il n’a jamais été rebâti après le grand incendie de 1854. Aujourd’hui, il n’y a pas de bâtiments dans son enceinte à l’exception de deux pavillons de thé. Le clou de la visite, c’est le jardin de promenade aménagé autour d’un grand étang dont les parties nord et sud sont reliées par un court canal. Il vous offre des paysages pittoresques. C’est comme une promenade dans une forêt calme et profonde.

Il y a des îles et des ponts de différents styles. Dans les premiers jours de mai, au pont Yatsuhashi (pont en zigzag) du côté sud de l’étang, on peut admirer les fleurs de glycine au parfum énivrant. L’année dernière, elle n’a pas fait de fleurs. Elle boudait peut-être parce que personne n’y est venu à cause du Covid-19. Cette année, elle a commencé à fleurir très tôt comme les fleurs de cerisier. L’étang sud est remarquable pour sa plage, suhama, recouverte d’environ 120 000 galets de même taille et couleur. On dit que chaque galet a été échangé contre 1,5 kilogrammes de riz et y a transporté pour réaliser cette belle courbe.

Portique de Matsunoo Taisha

Le sanctuaire shinto Matsunoo Taisha

Matsunoo Taisha
Matsunoo Taisha

Le sanctuaire shinto Matsunoo Taisha situé près du quartier Arashiyama. Il se trouve à l’extrémité Ouest de l’avenue Shijo, l’une des artères de Kyoto. (Soit dit en passant, le sanctuaire shinto Yasaka-jinja est à l’extrémité Est de la même avenue). C’est un sanctuaire ancien dédié au dieu du brassage du saké, correspondant à Bacchus dans la mythologie romaine.

Il est connu pour ses nombreux tonneaux de saké et son eau de cascade « tortue sacrée » utilisée pour le brassage du saké. Les jardins conçus par Shigemori Mirei vers la fin de sa vie sont aussi à ne pas manquer. Mais le clou de la visite après la floraison des cerisiers, c’est la corète du Japon, yamabuki en fleur.

Corète du Japon au bord de la rivière
Corète du Japon au bord de la rivière
Pavillon d'or

Le pavillon d’or qui a retrouvé sa splendeur

Les travaux de réfection du toit de bardeaux se sont achevés à la fin de l’année dernière en remplaçant environ 100 000 plaques de bois de cyprès de sawara. La statue de phénix sur son toit a aussi été réparée en utilisant environ 10 000 feuilles d’or.

Pavillon d'or
Pavillon d’or

Actuellement, le tourisme à Kyoto est durement frappé par le Covid-19. Le calme règne dans certains sites touristiques.

Le jardin de pierre du temple Ryoan-ji, un site incontournable à visiter à Kyoto. Peu de monde, c’est actuellement un endroit propice à la méditation. Le camélia wabisuke à fleurs rouges tachetées de blanc ajoute encore au charme de ce jardin zen.

Jardin de bonsaï

L’ouverture d’un jardin de bonsaï à Kyoto

Le jardin de bonsaï a ouvert ses portes au temple Hoshun-in qui est l’un des sous-temples de Daitoku-ji (un grand temple zen de Kyoto). Le bonsaï se marie bien au jardin zen.

Pour commémorer son ouveture, une exposition spéciale se tient jusqu’au 4 avril. Il y a des bonsaïs précieux comme celui d’environ 1 000 ans.

En association avec ces bonsaïs, les suiseki, les pierres de forme particulière qui évoquent des paysages sont aussi exposées.

  • Le prix du billet d’entrée du jardin de bonsaï est de 1 000 yens.
  • Le temple Hoshun-in n’est pas ouvert au public.
Paysage assimilé au Amanohashidate

La villa impériale de Katsura

Villa impériale de Katsura
Villa impériale de Katsura

Il n’y a probablement aucun autre endroit au Japon qui ait captivé autant d’architectes et d’artistes que la villa impériale de Katsura. L’essentiel esthétique de la culture japonaise y sera découvert.

La villa impériale de Katsura est située sur la rive ouest de la rivière Katsura qui coule dans la banlieue ouest de Kyoto. Elle est constituée d’une demeure de style shoin et d’un vaste jardin de promenade comportant quatre pavillons de thé au design simple mais raffiné. Il a fallu plus de 40 ans pour la construire. Au début du XVIIème siècle, le prince Hachijo-no-miya Toshihito a entrepris la construction et après son décès, son fils a pris le relais de travaux. Échappé au feu depuis sa construction, elle conserve son aspect d’origine. Il y règne une beauté élégante et raffinée, contrastant avec la beauté fastueuse du sanctuaire de Nikko construit à la même époque pour montrer l’autorité du shogun Tokugawa.

Le jardin a un large étang sur lequel sont disposés des îlots en son centre. Les bâtiments qui constituent la demeure sont situés à l’ouest de l’étang. Les quatre pavillons de thé et un temple privé se trouvent au long de la promenade aménagée autour de l’étang. En suivant la promenade, vous trouverez une grande variété de paysages naturels comme celui de montagnes, celui de plages et celui de villages rustiques. Ce jardin vous offre des paysages sans cesse renouvelés, ce qui ajoute au charme de la villa.

Les bâtiments ne peuvent être vus que de l’extérieur, mais les photos sont autorisées depuis les emplacements indiqués. On dit que chaque pavillon de thé a un caractère saisonnier. Shokin-tei est un pavillon de thé pour l’hiver. Remarquez son décor. Le motif à damier bleu et blanc des portes coulissantes et de l’alcôve crée une ambiance moderne, contrastant avec son apparence simple avec un toit de chaume. Situé près de l’embarcadère, Shoi-ken est un pavillon de thé champêtre pour l’été. Vous pourrez également y trouver l’esthétique délicate de la culture de la cour impériale.

Des ponts, des lanternes et des bassins sont disposés ingénieusement au long de la promenade. Les passages pavés de pierres, nobedan y sont également à ne pas manquer. Selon les niveaux de formalisme qui s’appliquent aussi à la calligraphie et à la cérémonie du thé, il y a trois styles différents : shin (formel), gyo (mi-formel) et so (informel).
Nobedan de style shin : passage de pierres taillées et alignées au style géométrique. Il est utilisé devant la porte d’entrée de la demeure.
Nobedan de style gyo : passage de pierres taillées et de pierres aux formes naturelles. Il est utilisé devant la salle d’attente pour la cérémonie du thé au pavillon de thé, Shokin-tei.
Nobedan de style so : passage de pierres aux formes naturelles de différentes tailles et couleurs. Il est utilisé devant le pavillon de thé, Shoi-ken.

Si vous voulez découvrir la beauté discrète et dépouillée en accord avec la nature, la villa impériale de Katsura est incontournable à visiter.

Pour plus d’information : https://sankan.kunaicho.go.jp/multilingual/lang/fr/information.html#sankan4

Jardin de dragon

Focus sur les maîtres paysagistes japonais (4ème partie) : Shigemori Mirei

Kyoto abrite de nombreux jardins merveilleux. Dans cette série, je vous parle de quelques maîtres paysagistes emblématiques qui ont joué un rôle important dans la conception du jardin japonais.

La quatrième partie se concentre sur Shigemori Mirei (1896-1975) qui a fait souffler un vent nouveau dans la conception du jardin sec en alliant la tradition avec le modernisme. En tant que paysagiste, il a créé environ 200 jardins. À Kyoto, les jardins du temple Tofuku-ji conçus en 1939 sont connus comme ses chefs-d’œuvre.

Les jardins qui donnent sur chacun des côtés du bâtiment hojo, quartier des moines du temple Tofuku-ji. Dans l’esprit zen, il est important d’éliminer le superflu. Ces jardins ont été réalisés par le recyclage des matériaux et des déchets trouvés dans l’enceinte du temple, sauf des pierres utilisées dans le jardin sud.

Shigemori se destinait à être peintre quand il était jeune. Le prénom Mirei qu’il a adopté vient du peintre français Jean-François Millet. Il s’y connaissait également en culture traditionnelle japonaise, notamment l’arrangement des fleurs et la cérémonie du thé. À propos de la création des jardins, son style est parfois avant-gardiste, mais évite de s’écarter de la tradition. La tradition et le modernisme y sont réconciliés. Dans le jardin nord, des plaques carrées en pierre et en mousse sont posées en alternance. Ce motif en damier appelé ichimatsu semble moderne, mais c’est un motif traditionnel japonais de bon augure. Il est aussi utilisé pour le logo des Jeux olympique et paralympiques 2020 de Tokyo et pour la veste kimono portée par Kamado Tanjiro, héros de Demon Slayer.

Les créations novatrices de Shigemori sont aussi visibles dans les jardins de temples annexes de Tofuku-ji. Le motif en zigzag sur la clôture en bambou représentant des éclairs, les graviers blancs représentant la mer, les graviers noirs ou rouges bordés de mortiers représentant les nuages… Certains disent que le jardin sec est triste dans l’ensemble, mais je trouve les jardins de Shigemori imprégnés de beauté picturale intéressants à voir.

Érable japonais, momiji

La chasse aux feuilles rouges, momijigari

C’est le moment d’admirer les couleurs d’automne.

Hier, je suis allée avec ma famille au parc commémoratif de Keihanna situé dans la région frontalière entre les préfectures de Kyoto, Osaka et Nara appelée Cité des sciences du Kansai. Il y a un jardin de promenade. On peut admirer une vue panoramique depuis le pont perché à 10 mètres au-dessus de la surface de l’eau.

Ce pont est également connu comme spot pour contempler le clair de lune. Au-delà du pont, il y a un design unique recouvert d’un cadre en bois sur lequel sont perchées des statues « les descendants de Galileo » de Federico Bonaldi, maître de la céramique italienne contemporaine. Leur poses sont intéressantes à voir.

C’était vraiement une petite journée agréable en famille.

Jardin du sanctuaire shinto Heian-jingu

Focus sur les maîtres paysagistes japonais (3ème partie) : Ogawa Jihei

Kyoto abrite de nombreux jardins merveilleux. Dans cette série, je vous parle de quelques maîtres paysagistes emblématiques qui ont joué un rôle important dans la conception du jardin japonais.

La troisième partie se concentre sur Ogawa Jihei (1860-1933) connu comme le précurseur des jardins japonais modernes. Autrement appelé le « magicien de l’eau et de la pierre », il a conçu des jardins lumineux en intégrant le paysage naturel en arrière-plan. Il n’y a pas de notion de mitate (sens symbolique lié à la culture ou la religion japonaise) utilisée dans le jardin traditionnel. Vous pouvez profiter simplement de la beauté du paysage de chaque saison. Ses chefs-d’œuvre se trouvent dans le quartier Okazaki et aux environs du temple Nanzen-ji.

Jardin de l'ancienne résidence de Namikawa Yasuyuki
Jardin de l’ancienne résidence de Namikawa Yasuyuki

Le jardin de l’ancienne résidence de Namikawa Yasuyuki, un des artisans les plus renommés de la technique du cloisonné. Il est aménagé autour d’un étang dont l’eau provient du canal du lac Biwa. Namikawa et Ogawa ont été voisins. Ogawa a conçu ce jardin par amitié. Il n’était qu’un simple jardinier à l’époque, mais tous les éléments tels des pierres, des lanternes, des arbres, etc y sont disposés ingénieusement et créent une ambiance reposante.

 

Le jardin de promenade de la villa Murin-an réalisé par le travail en collaboration avec Yamagata Aritomo, un homme politique et grand amateur de jardin de l’ère Meiji. Ogawa a créé des jardins dans d’autres villas construites autour du temple Nanzen-ji, mais celui de Murin-an est le seul ouvert au public aujourd’hui. Il bénéficie d’une pelouse et d’une source d’eau par le canal du lac Biwa. Le murmure de l’eau est agréable à l’oreille. Les petites pierres placées au fond du ruisseau créent des effets sonores variés. Ce jardin qui n’est pas imprégné de style classique a jouit d’une bonne réputation et Ogawa s’est chargé de créer ensuite des jardins du sanctuaire shinto Heian-jingu.

Les quatre jardins pittoresques se cachent à l’arrière du sanctuaire. En toutes saisons, ils vous offrent une balade très agréable. Profitez d’un moment de calme de ce havre de paix.

Jardin du temple Nanzen-ji

Focus sur les maîtres paysagistes japonais (2ème partie) : Kobori Enshu

Kyoto abrite de nombreux jardins merveilleux. Dans cette série, je vous parle de quelques maîtres paysagistes emblématiques qui ont joué un rôle important dans la conception du jardin japonais.

La deuxième partie se concentre sur Kobori Enshu (1579-1647), un seigneur féodal, maître de thé, architecte et paysagiste du début du XVIIème siècle.

 

En tant que fonctionnaire du shogunat Tokugawa responsable de travaux de génie civil,, il a été engagé dans un certain nombre de projets de construction et de rénovation. Les jardins qu’il a dessiné reflètent l’autorité et la prospérité de la famille Tokugawa. Le jardin du palais Ninomaru du château de Nijo et celui du temple Konchi-in sont les meilleurs représentants. Quel que soit le type du jardin, il y a l’île grue et l’île tortue -symbole de longévité- représentées par des compositions de roches.

 

Jardin du temple Nanzen-ji
Jardin du temple Nanzen-ji

Kobori Enshu a souvent introduit la perspective dans la conception des jardins. Le jardin attaché au hojo du temple Nanzen-ji est un bon exemple. Surnommé jardin du tigre bondissant, il se compose de roches et d’arbres groupés à gauche sur le gravier blanc ratissé. Les positions des roches représentent les pas d’une mère tigre qui doit faire traverser une rivière à ses trois enfants. Dans l’espace simple de droite, Kobori Enshu a mis l’effet de perspective en scène, en baissant le mur qui entoure le jardin et en plaçant une grande roche à gauche et des roches plus petites à distance à droite.

Inspiré par l’art topiaire occidental, Kobori Enshu aurait conçu l’art de la taille japonaise karikomi. On trouve souvent des azalées taillées en formes arrondies dans les jardins japonais. Ce style simple est l’art du minimalisme.