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Feuilles de thé

Ujitawara, berceau du thé vert japonais

La région de Yamashiro située dans le sud de la préfecture de Kyoto est célèbre pour sa production du thé de haute qualité connu sous le nom de « thé d’Uji ». Elle bénéficie de sol et de conditions climatiques favorables à la culture du thé. L’histoire du thé d’Uji remonte au début du XIIIème siècle, lorsqu’un moine a introduit des graines de théier aux villageois d’Uji, centre de la région de Yamashiro, au retour de son voyage en Chine.

*Qu’est-ce que le thé d’Uji ?
Il s’agit d’une marque de thé vert fabriqué à partir de feuilles de thé cultivées dans quatre préfectures, Kyoto et ses préfectures voisines de Shiga, Nara et Mie, en utilisant la méthode de fabrication originaire de la région d’Uji et de ses environs.

Il existe une grande variété de thés japonais telles que le sencha (thé vert), le gyokuro (thé vert supérieur avec une saveur ronde), le tencha (base de thé pour faire du matcha), etc. Ceci est dû aux différentes méthode de culture. Je pense que c’est sans doute le thé vert en poudre, matcha est le plus renommé dans les pays étrangers. À propos du thé d’Uji, le tencha et le gyokuro cultivés ombragés représentent la moitié de sa production totale.

Je vous ai présenté plusieurs fois le bourg de Wazuka comme le plus grand producteur de thé de la région de Yamashiro dans mes articles de blog. Son paysage panoramique des plantations de thé est à couper le souffle. Wazuka est digne de son nom chagenkyo qui signifie « utopie du thé ».

Plantation de thé à Wazuka
Plantation de thé à Wazuka

Dans cet article, je vous présente un autre principal producteur de thé de la région de Yamashiro, le bourg d’Ujitawara. Situé entre la ville d’Uji et le bourg de Wazuka, il est connu comme le berceau du thé vert sencha, le thé le plus consommé au Japon aujourd’hui. Le thé d’Uji est devenu célèbre pour sa qualité durant l’époque de Muromachi (1338-1573). À la suite du développement de la cérémonie du thé, les champs ombragés pour la culture du tencha de qualité ont été aménagés à Uji. Le tencha est obtenu en séchant les feuilles de thé après les avoir fraîchement cueillies et chauffées à la vapeur. À l’époque, c’était un thé que seuls les samouraïs et la noblesse pouvaient s’offrir. D’ailleurs, la culture du tencha n’était autorisée que dans certains champs de thé d’Uji. Le thé pour la classe populaire était de couleur brune. Sa qualité de goût et arôme était inférieure à celle du tencha. Mais en 1738, Nagatani Soen, un cultivateur de thé d’Ujitawara a réussi à créer le sencha, un thé vert avec un arôme et un goût excellents pour toutes les classes sociales. Inspiré par la méthode de fabrication du tencha, il a mis au point une méthode unique qui constitue encore la base de la fabrication du sencha. Le sencha s’est répandu dans tout le pays et l’industrie du thé a beaucoup évolué à Ujitawara.

Plantation de thé à Ujitawara
Plantation de thé à Ujitawara

Les plantations de thé et les boutiques de thé sont éparpillées dans le quartier central d’Ujitawara, Yuyadani. Vous pouvez aussi visiter la maison natale de Nagatani Soen au toit de chaume entourée de cèdres dans une vallée boisée. À côté de sa maison, il y a un sanctuaire shinto où est vénéré ce père du thé vert japonais comme divinité.

Près d’ici, se trouve une plantation de thé Ofukudani où j’ai participé à la cueillette des feuilles de thé. Il n’y a pas de ventilateurs installés en hauteur qui sont utilisés pour éviter que l’air froid se pose sur les feuilles de thé. Vous pourrez y profiter des paysages ruraux et paisibles.

Si vous voulez découvrir la culture du thé japonais qui a une histoire de 800 ans, la région de Yamashiro où se trouvent Uji, Wazuka, Ujitawara, etc. est incontournable à visiter. Les diverses activités liées au thé (visite des champs de thé, cueillette des feuilles de thé, dégustation du thé, etc.) y sont proposées aux touristes étrangers.

Quartier d'Arimatsu

Le paysage de l’époque d’Edo à Arimatsu

Le quartier d’Arimatsu se trouve dans la banlieue de Nagoya, préfecture d’Aichi. Créé en 1608 entre deux stations-relais de la route du Tokaido, Chiryu-juku et Narumi-juku, il conserve encore son charme historique. Son paysage est dessiné dans l’une des estampes japonaises ukiyo-e d’Utagawa Hiroshige «la série des Cinquante-trois stations du Tokaido».

Arimatsu est aussi le centre du shibori, ou teinture par nouage. Certaines parties du tissu sont nouées, pliées ou enveloppées de manière à laisser des motifs souhaités après la teinture à l’indigo ou aux autres colorants. Cet artisanat traditionnel s’est perpétué dans ce quartier historique pendant plus de 400 ans et est utilisé toujours pour le kimono d’été en coton, yukata et pour le linge de maison.

On voit un noren (un court rideau fendu en tissu) à shibori accroché à la porte d’entrée des boutiques anciennes de teinture. Et pour la fête des enfants célébrée le 5 mai au Japon, des banderoles à shibori en forme de carpe y sont également décorées.

Pour vous rendre au quartier d’Arimatsu, prenez la ligne principale Meitetsu Nagoya depuis la gare de Nagoya et descendez à la gare d’Arimatsu (20 minutes). Un paysage évoquant l’atmosphère de l’époque d’Edo s’étend au sud de la gare.

Nakazakicho

Nakazakicho, quartier rétro et moderne d’Osaka

Nagazakicho est situé à dix minutes à pied d’Umeda, centre du quartier Nord à Osaka. Épargné par les bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale, il recèle de nombreux spots empreints de nostalgie. Les cafés, les boutiques, les galeries d’art dans des nagaya (un genre de logement collectif japonais) et de vieilles maisons rénovés… Ils sont nichés parmi les immeubles d’habitation moderne.

Au fond d’une ruelle, il y a un mini temple dédié au bodhisattva jizo et un mini sanctuaire dédié à la divinité serpent blanc mi-san qui est également la divinité tutélaire du quartier. Derrière le sanctuaire, vous trouverez une rangée de boutiques intéressantes à visiter.

À côté de spots instagrammables, la vie des locaux est toujours présente dans ce quartier. Cela le différencie des autres quartiers branchés et touristiques d’Osaka. Nakazakicho est un quartier sympathique à explorer à votre gré. Vous y ferez des découvertes inattendues dans le dédale de ruelles.

Sakura

Mes sakura spots préférés

-Nara
Les illuminations nocturnes n’ont pas été proposées autour du parc de Nara ce printemps. Mais les fleurs des cerisiers au coucher du soleil sont très jolies. Au mont Yoshino, on peut profiter d’une vue panoramique de 30 000 cerisiers en fleurs.

-Kyoto
Chez les Japonais, la digue Sewari-tei installée au confluent des rivières Uji et Kizu est un des endroits prisés pour contempler les fleurs des cerisiers. Le tunnel de cerisiers en fleurs s’étend sur environ 1,4 kilomètres. Il règne une ambiance féerique même dans les temples zen au moment de la saison des cerisiers. Presque tous les spots touristiques sont bondés de touristes qui veulent prendre de belles photos pour Instagram. Contempler tranquillement la beauté de cerisier bonsaï, ce serait un autre style de hanami pour échapper à la foule.

-Osaka
Voici les cerisiers en fleurs au cœur de la ville d’Osaka, la Cité de l’eau. Pour admirer des rangées de cerisiers au bord de la rivière, il n’y a rien de tel qu’une croisière en bateau. On voit le donjon du château d’Osaka au loin.

-Autour de chez moi
On peut trouver des cerisiers un peu partout au Japon. Le long de la voie ferrée, dans les parcs, dans les écoles… À quelques pas de chez soi, on peut faire le hanami dans une atmosphère paisible et nonchalante. Le cerisier pleureur du temple Jizo-zen-in sur la 3ème photo est âgé de 300 ans. Il est l’oncle du cerisier pleureur de Gion, un arbre emblématique du parc Maruyama à Kyoto. Il dépérit un peu à cause de son grand âge, mais ses belles fleurs nous réconfortent toujours.

Cerisiers en fleurs du mont Yoshino

Les cerisiers du mont Yoshino

Située à 42 kilomètres au sud de Nara, l’ancienne capitale du Japon, la région de Yoshino est considérée comme un lieu sacré du culte de la montagne depuis les temps anciens. Le mont Yoshino, emblématique de cette région, est une zone de crête qui s’étend du nord au sud de la chaîne de montagnes Omine sur environ 8 kilomètres. Avec l’évolution du shugendo, Yoshino est devenue un des premiers sites à être associé avec En-no-Gyoja qui a pratiqué des ascèses dans les monts Omine et qui a fondé le shugendo. Le mont Yoshino est situé à l’extrémité nord de la route pour les pratiques ascétiques Omine-Okugake qui mène à Kumano.

Un regard, mille cerisiers…Le mont Yoshino est également connu pour ses cerisiers. Au printemps, il est couvert de 30 000 cerisiers en fleurs. On peut y voir environ 200 variétés différentes de cerisier. La plus répandue est la variété shiro-yamazakura (cerisier de la montagne). À la différence de la variété somei-yoshino qui est la star des hanami, les jeunes feuilles brun rougeâtre de cette espèce apparaissent en même temps que ses fleurs. Depuis longtemps, les cerisiers sont vénérés comme des arbres sacrés à Yoshino, mais pourquoi ?

Les cerisiers du mont Yoshino ont un lien particulier avec le shugendo. D’après une légende, En-no-Gyoja a eu la vision d’une divinité avec un visage effrayant lors de ses pratiques ascétiques au mont Omine (=mont Sanjogatake). Cette divinité appelée Zao-Gongen serait apparue pour sauver les hommes de la souffrance. En-no-Gyoja a gravé l’image de Zao-Gongen dans le tronc d’un cerisier et a construit des pavillons Zao-do sur les monts Omine et Yoshino pour la vénérer. De nombreux fidèles, à commencer par la famille impériale, puis les aristocrates, etc. sont venus planter des cerisiers au mont Yoshino en témoignage de leur croyance, ce qui a fait de Yoshino un site célèbre pour les cerisiers.

Les cerisiers du mont Yoshino sont groupés en quatre zones par altitude, des plus bas aux plus hauts : Shimo-senbon, Naka-senbon, Kami-senbon et Oku-senbon. De début à mi-avril, ils le colorent de belles nuances.

Belles nuances de cerisier

Les cerisiers de Nakasen-bon, la zone centrale du mont Yoshino.

Vue sur la zone Nakasen-bon

On voit la pagode du temple Nyoirin-ji au loin. Dans son enceinte, il y a un jardin des cerisiers pleureurs.

Mont Yoshino au temps des cerisiers

On voit le pavion Zao-do du temple Kinpusen-ji au loin.

Zones Nakasen-bon et Kamisen-bon

Bon endroit pour admirer les fleurs de cerisiers. Un pique-nique sous les cerisiers est super.

Sanctuaire Yoshino mimakuri-jinja

Ce sanctuaire est l’un des 75 lieux de culte, nabiki pour les pratiquants du shugendo le long de la route Omine-Okugake.

Station-relais, Seki-juku

Seki-juku, une des cinquante-trois stations de la route du Tokaido

Pendant l’époque d’Edo, les cinq artères (Tokaido, Nakasendo, Nikko-kaido, Oshu-kaido et Koshu-kaido) ont été construites par ordre du shogun Tokugawa Ieyasu pour améliorer le contrôle du pouvoir central sur l’ensemble du pays. Les stations-relais appelées shukuba ont été installées le long de ces routes majeures pour permettre aux voyageurs de se reposer.

Ces dernières années, les shukuba-machi sont appréciées des touristes étrangers comme lieux où on peut ressentir le charme de l’ancien Japon. Surtout Tsumago et Magome sur la route du Nakasendo où on retrouve toute la saveur de l’époque d’Edo sont des incontournables à visiter. https://japonhautecouture.com/tag/vallee-de-kiso/

La route du Tokaido reliant Edo (actuel Tokyo) à Kyoto était la plus importante des cinq artères. Il y avait cinquante-trois shukuba tout au long de cette route. La plupart des shukuba ont beaucoup changé et il est donc difficile d’y retrouver le parfum d’autrefois. Mais à Seki-juku, sa quarante-septième station, vous pouvez toujours profiter de paysages japonais traditionnels. Une rangée de bâtiments historiques (plus de 200 vieilles maisons construites de la fin de l’époque d’Edo à l’époque de Meiji) est bien préservée sur environ 1,8 kilomètres d’est en ouest. Seki-juku était animée avec la procession des seigneurs féodaux, daimyo, les voyageurs et les pèlerins se rendant au sanctuaire d’Ise.

À l’entrée est de Seki-juku qui est la jonction des deux routes, le Tokaido et la route pour les pèlerins vers le sanctuaire d’Ise, se dresse un grand portique, torii pour adorer à distance le sanctuaire d’Ise situé à environ 60 kilomètres au sud-est d’ici. Il est fait de bois récupéré du sanctuaire d’Ise.

Portique torii
Portique torii

Les shukuba offraient les auberges appelées hatago qui avaient des chambres et servaient les repas aux voyageurs ordinaires. Il y avait aussi les auberges spéciales, honjin destinées aux daimyo et aux fonctionnaires du shogunat. Tama-ya qui a été une des grandes hatago de Seki-juku est ouverte au public comme musée aujourd’hui. Les ustensiles de table et les documents qui y sont exposés vous aideront à comprendre comment les voyageurs de l’époque ont passé dans le hatago.

Voici un des quatre chars en bois décorés avec des lanternes flottantes rouges et des tentures pour le festival d’été à Seki-juku. Il y avait autrefois seize chars au total. Accompagnés d’ensemble de tambours, de flûtes et de clochettes traditionnels, ces chars appelés seki-no-yama défilent dans des rues étroites.

Char seki-no-yama
Char seki-no-yama

Seki-juku se trouve dans la ville de Kameyama, préfecture de Mie. C’est à 10 minutes à pied de la gare de Seki de la ligne JR Kansai. Depuis Nara, c’est environ 1 heure et 40 minutes de trajet. Peu touristique, le temps s’y écoule lentement. Peu connu, mais cet endroit toujours empreint d’une véritable atmosphère traditionnelle japonaise vaut la peine d’être visité.

Maison du potier Kawai Kanjiro

La maison du potier Kawai Kanjiro

Si vous voulez voir un peu autre chose que des temples ou des jardins à Kyoto, que diriez-vous de visiter la maison du potier Kawai Kanjiro située dans une ruelle tranquille proche de Gojozaka, quartier de la poterie Kiyomizu ? Kawai Kanjiro est un potier représentatif du XXème siècle. Il était à la fois poète, sculpteur et philosophe. Sa maison, qui servait également d’atelier, crée une ambiance rustique.

Kawai est un des figures clés du mouvement mingei qui réaffirme la valeur de l’artisanat traditionnel japonais. Vous pourrez retracer ici les liens entre ce potier appelé « poète de la terre et de la flamme » et le mouvement mingei. Les meubles et les objets qu’il a fabriqués ou utilisés durant sa vie y sont également exposés. Il pensait que la vrai beauté résidait dans la vie quotidienne. La beauté simple qu’il poursuivait s’y incarne.

Voici l’énorme four à étage, noborigama dédié à la cuisson des poteries que Kawai utilisait en commun avec d’autres potiers du quartier. Il n’est plus utilisé depuis les années 1970, mais il garde son aspect d’autrefois. C’est un précieux vestige dans le quartier Gojozaka où il y a de nombreuses boutiques de poterie mais peu de fours aujourd’hui.

Canal Hachiman-bori

Omi-Hachiman et Gokasho, lieux liés aux marchands d’Omi

Style de marchands d'Omi
Style de marchands d’Omi

Un chapeau en carex sur la tête, un manteau rayé et une balance avec la charge sur l’épaule… C’est un style typique des marchands de la province d’Omi (l’actuelle préfecture de Shiga) qui ont amassé de grandes richesses en étendant leurs activités commerciales dans tout le pays pendant l’époque d’Edo. La province d’Omi où se rejoignaient la route du Tokaido reliant Kyoto à Edo et la route du Tosando menant à la région nord-est du pays était l’une des plaques tournantes du pays. En se déplaçant, les marchands d’Omi ont acquis des informations telles que la demande dans chaque région et les différences de prix selon la région et ont fait du commerce à travers le pays. Certaines entreprises japonaises d’aujourd’hui sont de la lignée des marchands d’Omi.

Canal Hachiman-bori
Canal Hachiman-bori

La ville d’Omi-Hachiman située sur la rive est du lac Biwa, le plus grand lac du Japon, est l’un des lieux liés aux marchands d’Omi. Le canal Hachiman-bori qui servait de voie de transport a fait prospérer la ville d’Omi-Hachiman en tant que centre d’affaires important. Aujourd’hui, c’est peut-être par une visite en bateau qu’on découvre le mieux un parfum d’autrefois de la ville.

Le quartier de Gokasho de la ville de Higashi-Omi situé à 12 km au nord-est d’Omi-Hachiman est aussi un endroit idéal pour une promenade historique. Il y reste de vieilles maisons de marchands d’Omi qui ont fait fortune en agrandissant leur zone commerciale centrée sur la vente de kimono et de produits en coton et en soie.

L’eau du canal qui longe ces vieilles maisons était utilisée également pour la vie des habitants. Vous pouvez y voir aujourd’hui les carpes nishiki-goi nager tranquillement.

Vue panoramique

Le temple d’argent et le concept japonais wabi-sabi

La beauté de ce temple renfermant le pavillon d’argent contraste vivement avec celle du temple d’or. Il a été construit à l’origine comme villa du 8ème shogun de la famille Ashikaga à la fin du XVème siècle, moins de 100 ans après le pavillon d’or. Puisque ce shogun est le petit fils du fondateur du pavillon d’or, peut-être imaginez-vous que le pavillon d’argent ressemble beaucoup au pavillon d’or. Mais son style est tout à fait différent. Il se peut que la vue du pavillon d’argent soit décevante pour vous. À vrai dire, ce pavillon de bois n’est pas recouvert de feuilles d’argent. Malgré cela, on est captivé par l’ambiance créée par ce pavillon et son enceinte. Le pavillon d’or qui brille par sa beauté est impressionnant pour les visiteurs, mais beaucoup d’entre eux ont tout de même une petite préférence pour le temple d’argent. Est-ce parce qu’il est associé au concept esthétique japonais wabi-sabi comme on le dit souvent ?

L’enceinte du temple avait été détruite par le feu pendant l’époque marquée par de nombreux conflits militaires de la fin du XVème à la fin du XVIème siècle. Seuls le pavillon d’argent et le Togu-do, chapelle privée du shogun sont des structures survivantes de la construction d’origine. L’enceinte actuelle, y compris le jardin, a été remaniée au début de l’époque d’Edo.

Le jardin actuel est aménagé autour d’un étang de forme allongée. Il se caractérise par deux styles de différents époques, celui de l’époque de shogun Ashikaga et celui du début de l’époque d’Edo. Bien qu’ayant été rénové, le jardin qui s’étale devant le pavillon d’argent garde un peu son aspect de l’époque de shogun Ashikaga et crée une ambiance similaire à celle du temple d’or. Mais le jardin devant le Togu-do où sont disposées beaucoup de pierres de grande taille est aménagé plutôt au style du jardin du château de Nijo construit à l’époque d’Edo. Le Togu-do qui était à l’origine à l’est du pavillon d’argent a été déplacé à l’emplacement actuel lors de la reconstruction du bâtiment principal hondo, et à cette époque, le jardin a également été rénové.

Le pavillon d’argent composé de deux étages est un bâtiment construit dans deux styles architecturaux différents. Le rez-de-chaussée est de style résidentiel, tandis que le premier étage est de style de la salle de Bouddha, consacré à la statue de la divinité de la compassion, kannon. Le shogun aurait pris modèle sur le temple d’or et le temple Saiho-ji connu sous le nom du temple des mousses aujourd’hui lors de la construction de sa villa. L’étang actuel est petit et étroit, mais c’était à l’origine un grand étang rond où le shogun aurait profité d’une promenade en barque. Et l’étage supérieur de ce pavillon de bois était recouvert de laque noire. Il y avait aussi des motifs colorés sous l’avant-toit. Certes, il n’était pas recouvert de feuilles d’argent, mais il aurait affiché sa beauté magnifique. C’est éloigné du concept wabi-sabi.

Vestige du jardin haut
Vestige du jardin haut

Le jardin du temple d’argent s’étage en fait sur deux niveaux. En haut, il reste le vestige du jardin de l’époque de shogun. On peut y voir une composition de roches. Le shogun a fait créer un jardin grandiose avec des roches excavées lors de l’aménagement des terrains.

Vue panoramique
Vue panoramique

Du haut de ce jardin, on a une vue panoramique sur la ville de Kyoto. Le shogun aurait profité du même paysage. On dit qu’il était indifférent à la politique et qu’il se retirait dans sa villa pour se plonger dans ses activités culturelles. Mais en fait, il a continué à s’impliquer dans la vie politique même après sa retraite et n’a jamais abandonné le pouvoir. Il ne menait pas probablement une vie si modeste. Le concept wabi-sabi qui consiste à apprécier le raffinement dans la simplicité et la sobriété s’est ancré au milieu du XVIème siècle lorsque le wabi-cha, un style de la cérémonie du thé qui se caractérise par la simplicité a commencé à se répandre. Sans doute qu’il n’y a pas un rapport direct entre le concept wabi-sabi et le temple d’argent construit à la fin du XVème siècle.

Dans le jardin bas, un cône tronqué de sable comme chapeau se distingue plus que le pavillon d’argent sans éclat. À côté, un tas de gravier argenté avec les vagues s’étalent. Derrière le temple d’argent se trouve un sol granitique dû à la montée du magma dans les temps anciens, et on dit qu’environ la moitié de l’enceinte était recouverte de sable blanc qui coulait de la vallée en raison de l’altération du granit. C’est ce sable blanc qui a été utilisé pour la création de ces deux objets de sable et de gravier lors de la rénovation de l’enceinte au début de l’époque d’Edo. Le jardin serait argenté par les reflets du clair de lune sur ces objets. On ne sait pas pourquoi ils ont été créés, mais ils se seraient inspirés du pavillon qui était déjà empreint d’une beauté discrète. La créativité des paysagistes de l’époque est ludique et intéressante.

Lors de travaux de restauration du pavillon d’argent qui ont été menés de 2008 à 2010, on a proposé de recouvrir l’extérieur de son étage supérieur de laque noire pour lui redonner son aspect d’origine, mais seul l’intérieur a été laqué. Est-ce pour garder l’ambiance simple et mesuré du pavillon qui a été réalisée sous les effets du temps qui passe ? Il serait difficile de remettre ce pavillon considéré comme symbole du concept wabi-sabi dans son état d’origine.

Œuvres du kintsugi

La laque et l’art du kintsugi

La laque appelée urushi en japonais est faite de la sève récoltée sur l’arbre à laque. L’urushiol, le composant principal de la sève, s’oxyde et durcit, ce qui rend la laque très durable, résistante à l’eau, isolante et antiseptique. Elle est utilisée depuis les temps anciens au Japon comme adhésif, enduit et élément de décoration. La relation entre les Japonais et la laque remonte à la période Jomon(-13 000 av. J-C à -400 av. J-C). Les ornements et les objets usuels enduits de laque ont été exhumés dans des sites archéologiques de cette période. Tout au long des siècles, la laque est utilisée non seulement pour les objets quotidiens (bols, assiettes, vase, etc.) mais aussi pour les bâtiments, les statues de Bouddha et les œuvres d’art et fait partie intégrante de la culture japonaise.

On collecte la sève de l’arbre à laque en incisant le tronc. La sève laiteuse suinte des entailles. Après avoir été collectée, elle est filtrée et purifiée. Au Japon, sa collecte se fait à partir d’arbres à laque ayant atteint une dizaine d’années, de juin à septembre et encore en novembre. Une fois que la sève est récoltée, le tronc est abattu. Seulement environ 200 millilitres de sève peuvent être extraits de chaque arbre. À mesure que la sève suinte du tronc, elle change rapidement de couleur et se coagule pour protéger la vie de l’arbre. Ceci est similaire à la façon dont le sang humain forme des croûtes. Une goutte de laque, qui est considérée comme une goutte de sang, est très précieuse.

Arbre à laque
Arbre à laque

Autrefois, il y avait des arbres à laque partout au Japon et la laque était un des matériaux familiers. Mais la demande de laque a diminué au fil du temps et aujourd’hui, environ 97 % de la laque utilisée au Japon proviennent de Chine et seule 2 % environ sont d’origine japonaise. Pour restaurer les trésors nationaux et les biens culturels importants, on utilise la laque japonaise qui conserve un haut niveau de qualité.

Le kintsugi est une technique traditionnelle japonaise de réparation des céramiques, des objets en verre ou des laques ébréchés ou brisés au moyen de laque. La partie réparée est ensuite saupoudrée de poudre d’or (mais selon le cas, d’autres matériaux naturels comme poudre d’argent, laque colorée, nacres incrustées, etc. sont également utilisés). Autrefois, on utilisait quotidiennement la laque comme adhésif pour réparer la vaisselle ébréchée ou abîmée. L’art du kintsugi qui ajoute un élément décoratif à la réparation a été cultivé par les maîtres de thé au XVème siècle. Ils auraient trouvé de nouveaux paysages aux fissures et aux ébréchures. Le kintsugi peut offrir une nouvelle vie aux objets cassés. Il est ainsi apprécié comme technique qui contribue à réduire l’impact environnemental causé par des produits jetables en plastique. Il y a aussi le kintsugi simple et moderne dans lequel on utilise la résine synthétique au lieu de la laque comme adhésif. Il est facile comparé au kintsugi traditionnel. Mais ce qui est important dans l’art du kintsugi, ce n’est pas seulement d’embellir les parties réparées d’or mais aussi d’utiliser des matériaux naturels.

Bol réparé avec le kintsugi
Bol réparé avec le kintsugi

Si vous voulez faire l’expérience du kintsugi traditionnel, l’atelier Shitsugei-sha situé près du temple Daitoku-ji à Kyoto est incontournable à visiter.